‹ ThéâtreChapitre 50 sur 156 · SCENE TROISIEME · texte numérisé non relu

SCENE TROISIEME

SUZANNE

Par exemple ! je vous le défends bien.

Raoul, qui exulte, se frotte les mains et esquisse un pas.

PHILIPPE, désignant de l'œil Raoul.

On dirait d'un singe qui rit on d'un éléphant qui polke.

SUZANNE

Non, mon cher, votre procès est loin d'être gagné, en admettant qu'il puisse jamais l'être. Jusqu'à présent, vous n'avez rien dit de bien neuf.

PHILIPPE

Il y a si longtemps que je vous aime.

SUZANNE

Je le sais, mais je m'attendais h une déclaration plus... comment dirais-je?

PHILIPPE

Vibrante... Que voulez-vous? je n'ai jamais étudié les jeunes premiers, moi. Mais qu'à cela ne tienne, je serai lyrique.

// se lève et déclame.

Suzanne, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là.

Parlé.

C'est moi.

// continue à déclamer.

Qui vous aiuie, perdu dans la nuit qui le voile ; Qui soutTre, ver de terre, amoureux d'une étoile;

Kaoul s'est glissé, sans être ru de Suzanne et dç

Philippe, derrière celui-ci et a subrepticement reculé la chaise sur laquelle il était précédemment assis.

Qui, pour vous, donnera son âme, s'il le faut.

Et qui se meurt en bas, quand vous brillez en haut !

SUZANNE

Mais, ce sont des vers de Ruy-Blas que vous me débitez là ?

Vous croyez? C'est possible, mais je pourrais les avoir faits tout aussi bien que Victor Hugo; je me suis rencontré plus d'une fois avec lui. (A Raoul qui rit.) Ce n'est pas la peine de rire comme une baleine. Certainement que je me suis rencontré avec Victor Hugo, et souvent même !... sur l'omnibus.

SUZANNE

Cette réminiscence est excusable ; elle prouve que vous allez quelquefois à la Comédie française.

PHILIPPE

Oui. (Il va pour s'asseoir sur la chaise et s'assied dans le vide. — Se relevant.) Mais je n'y prends jamais de billets de parterre.

Suzanne ne peut s'empêcher de rire, tandis que Raoul s'esclaffe.

SUZANNE, s' arrêtant de rire.

Vous vous êtes fait mal ?

PHILIPPE

Non... au contraire... Mais s'il m'était permis de porter la main... Il y a des gestes qui ne sont pas beaux, mais qui sont nécessaires.

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