‹ ThéâtreChapitre 51 sur 156 · SCENE TROISIEME · texte numérisé non relu

SCENE TROISIEME

SUZANNE, riant.

Allez ! je ne regarde pas.

Elle se retourne du côté de Raoul. Celui-ci indique que Philippe a cassé le verre de sa montre. — Philippe profite de ce jeu de scène pour se frotter le bas du dos.

PHILIPPF.

C'est une farce davocat ! Je te revaudrai cela, maître Raoul...

SUZANNE

Pour vous remettre de cette grave émotion, Philippe, je vous autorise à prendre quelques minutes de repos... Asseyez-vous, Raoul; Icpreuvc commence pour vous. Dites-moi, par gestes, ce que vous avez à me dire. Je ne vous perds pas de l'œil.

RAOUL

// s'incline, fait mine de tirer l'une après l'autre ses manches, comme s'il avait sa robe d'avocat et s'apprêtait à plaider. Il semble ôter sa toque et salue Suzanne. Puis il désigne Philippe, arec une expression très marquée de dédain. « C'est un fou! » exprime-t-il . Il fait le (jeste d'une araignée qui tisse sa toile.

PHILIPPE, traduisaiit le geste.

Hein ? tu dis que jai une araignée dans le plafond ?. . .

RAOUL, mimant.

(( Deux », réplique Raoul, en élevant deux doigts. — (A Suzanne.) « Lui, se marier avec vous, ce serait risible! Il vous ferait aller en vélocipède. Il aime la lutte, la boxe. Il vous reviendra les yeux pochés. Il vous battra même, pour s'entretenir la main. »

PHILIPPE

Dis donc, je ne suis pas plus batailleur que toi ; je nai jamais été condamné pour coups et blessures.

SUZANNE

Ninterrompez pas.

Pardon, il insinue que je fais le coup de poing et que je serais capable de vous battre. C'est révoltant. Je sais mieux que lui quon ne doit pas frapper sa femme... même avec une fleur.

SUZANNE, à Philippe.

Silence ! (A Raoul.) Continuez !

RAOUL

(( // est laid, mal bâti. » — Portrait, charge, selon le physique de l'acteur qui joue le rôle de Philippe. — « Moi, au contraire, je suis bien de ma personne; j'ai de la tenue. ))

PHILIPPE

Tu ne te donnes pas de coup de pied. Il se croit beau, ma parole!... Suzanne, ofîrez-lui des violettes!

SUZANNE

Taisez-vous, Philippe.

RAOUL, mimant.

(( Vous, Suzanne, vous êtes adorablement belle. Votre visage est exquis. Vos yeux ressemblent à deux étoiles; votre bouche est une rose au parfum enivrant: votre nez mignon a l'air d'un papillon aux ailes déployées; vos cheveux blonds comme l'or, quand ils sont déroulés, tombent jusqu'à vos pieds. Vos mains et vos pieds sont d'une exiguïté rare; votre taille est d'une finesse sans

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