ACTE PREMIER
DON JUAX
Prier le Commandeur de venir souper avec nous.
SGAXARELLE
Y pensez-vous ?
DON JUAX, allant cers la statue et se découvrant. Je salue votre Seigneurie, très profondément.
SGANARELLE, inquiet.
Cette bravade ne me dit rien de bon. (A part.) Jonsoigneur, il fait froid pour ces dames. Vous faites ittendre vos invités, rentrons vite, je vous en prie.
DOX JUAN
Poltron ! je n'ai pas fini. (A la statue.) Je manqueais à toutes les lois de la civilité, si je ne vous préentais pas mes convives. (Il prend la main de Sijlria.) )'abord celle-ci (dessinant un pas), une danseuse avissante qui, au son des castagnettes et du tam- )ourin, séduit tous les cœurs.
SYLVIA
Votre servante, très heureuse d'être présentée à un lussi illustre personnage.
Elle esquisse un boléro qui s'achève par une pirouette gracieuse.
SGAXARELLE, railleur.
Saluer une statue, qui ne voit pas !
DON JUAN, prenant la main de Rosaura et l'amenant devant le piédestal.
Voici une beauté sans pareille pour dire une chanon damour avec accompagnement de mandoline,
Rosaura simule une vocalise, puis, sur un air de ^nuet, fait lentement et avec grâce une double révérence.
SGANARELLE, à l'écart, manifeste son indignation. Quel sacrilège !
// se signe, marmotte des oremus et se frappe la poitrine à plusieurs reprises.
DON JUAN, montrant, en ricanant, son majordome et joignant ironiquement les mains comme pour prier. Voyez donc le cafard !
SGANARELLE
Vous vous moquez, Monseigneur, en invitant le Commandeur. C'est vous qui l'avez tué, jadis.
Il fait le geste d'un homme qui donne un coup de poignard.
DON JUAN, avec dédain.
Mais il m'avait défié en combat singulier. (Il fait le salut des armes, simule des attaques et des ripostes, se fend, recule d'un pas et montre le Commandeur à terre. ) Je l'ai frappé loyalement, je n'y puis rien. Dieu ait son âme !
SGANARELLE
Vous l'aviez offensé gravement.
DON JUAN, se dirigeant ves la statue.
Maintenant que vous connaissez ces deux dames et que j'ai eu l'insigne honneur de vous saluer, je vous invite à venir prendre ce soir part au festin. Rosaura, Sylvia et ces deux gentilshommes seront des nôtres. Je vous promets bonne chère et bon vin en cette aimable compagnie. Acceptez- vous ?
SYLVIA
Quelle folie ! croire qu'une statue va lui répondre.