‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 117 sur 220 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

prcciscnicnt à votre rôle révolutionnaire. Quand la justice s'est mise à rechercher les auteurs de troubles, si vous n'aviez rien à vous reprocher pourquoi vous êtes-vous enfuie à Liège ?

Je ne me suis pas enfuie. Je suis allée voir mes frères, dans mon pays natal.

l'empereur.

Ainsi, pour vous mêler des affaires de France, vous n'êtes pas môme française. Liège dépend de la couronne d'Autriche : vous êtes ma sujette.

THÉROIGNK.

De naissance, je n'ai appris, je n'ai entendu chez les miens que le français. Et j'ai trop sincèrement donné mon cœur à ma patrie d'adoption pour que, moi, l'on m'y ait appelée jamais : l'Autrichienne !

l' EMPEREUR.

Pesez vos paroles ! . . . Voici la question à laquelle votre destin est suspendu : le 5 octobre 1789, une foule de sept à huit mille femmes ont quitté la place de Grève, à Paris, marchant contre le château de Versailles, criant qu'elles

allaient rapporter les entrailles de la Reine. Oui ou non, meniez-vous le mouvement, achevai, pistolets à la ceinture et sabre au côté?

THÉROIGNE

Sire, vous constatiez tout à l'heure ce que, dans une saisie à l'improviste, on avait trouvé en ma possession. Mes objets d'usage n'étaient pas des armes : ce sont des livres.

l'empereur, avec insista iice.

Avez-vous mené la marche sur Versailles, le 5 octobre 1789?

^ THÉROIGNE

A cette époque, il y avait déjà deux mois que je m'étais installée à Versailles pour y suivre les séances de l'Assemblée Nationale. Le 5 octobre j'étais là, comme chaque jour, captivée par ce grave spectacle. Depuis que je comprenais mieux les détails du conflit entre les privilégiés et les déshérités, mon amour s'exaltait pour la cause du peuple. A force de me voir dans ce milieu, tout le monde me connaissait. Et la conduite que je tenais, les expressions dans lesquelles je traduisais mes sentiments, tout cela m'attirait, je vous assure, de l'estime.

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