ACTE I, SCÈNE V
L KMPKREUR.
Opand la horde fut arrivée sur la place d'Armes, vous vous y êtes mêlée ?
THÉROIGNE
J'étais allée voir ce qui se passait.
Vous avez pris une part dans le concert de toutes ces voix qui hurlaient à la mort?
THÉROIGNK.
Sire, elles demandaient du pain. Il y avait là des femmes qui n'avaient pas mangé depuis trente heures !
l'empereur.
Vous êtes entrée dans les rangs du régiment de Flandres?... Vous avez harangué les soldats? Qiie leur avez-vous dit?
THÉROIGNE
Je leur ai dit de ne pas tirer, de ne pas tuer.
l'empereur.
Vous les avez détournés de leur devoir par des provocations impudiques ?
TUER OIGNE DE MERICOURT
Devant la rangée des fusils prêts à faire feu, un rang de femmes, dont j'étais, s'est découvert la poitrine.
l'empereur.
C'est tout?
C'est tout ! . . . Sire, vous pouvez me juger par ce que je vous ai dit, et par les réponses auxquelles je suis prête, pour tout ce qu'il vous plairait de me demander... Mais je sens combien de préventions vous resteraient ineffliçables, si vous accordiez quelque crédit à ces journaux qu'on a réunis sous votre main : La Feuille du Jour, la Chronique Scandaleuse, Les Actes des A poires, l'Apocalypse, etc.. Avec quelle inhumanité on s'y efforce de me rejeter le menton dans la boue!... Depuis deux années, pas de semaines où, là-dedans, n'aient été accumulées contre moi les fantaisies les plus stupides, les inventions les plus monstrueuses : prose, vers, scènes dialoguées, fausses confessions!... Tout leur est bon pour calomnier, en éclatant de rire !