ACTE III, SCÈNE XV
On a fuit là ton compte, en cliiffre rond !
rilÉROIGNE.
I"h bien! je te le dis, c'est un amusement dangereux!... La Révolution n'a pas démoli la Bastille des rois pour que des journaux s'érigent en châteaux-forts, où le bon plaisir de l'écrivain puisse jeter hommes et femmes dans les oubliettes du ridicule ou de l'ignominie... Tu ris?... tu as tort. Quelle que soit la cause dont on est le défenseur, quiconque accuse sans contrôle, insulte sans scrupule, et calomnie comme il respire, celui-là risque un châtiment sans mesure, et que son ricanement finisse en râle!...
Je discuterai tes menaces quand j'en aurai le loisir. Pour l'instant, c'est toi qui dois songer à te tirer d'affaire : un conciliabule d'émeute vient de se tenir chez toi. Révèle ce que tu sais sur le plan de tes complices, leurs intentions et leurs forces. Dis-moi tout. Dis vite. C'est ta seule chance d'être épargnée par la cour martiale, quand la justice du roi exécutera tout le complot, demain !
THEROIGNE,
Demain, la royauté n'existera plus !
Insensée ! Tu crois à la victoire des brigands révolutionnaires! Mais, avec les dispositions prises, les Tuileries sont à l'abri d'un coup de main. La populace sera repoussée, pourchassée. Les troupes royales vont revenir à marches forcées sur la capitale. Les contingents des alliés ne sont plus qu'à quelques jours de Paris... Comprends-tu qu'il te faut, en hâte, sauver ta peau ! Parle un peu, et tu seras même payée!... Allons, tu n'en es pas à te vendre pour la première fois! Combien veux-tu, drôlesse? Fais ton prix!
THÉROIGNE
Oh ! ce dont je te hais le plus, c'est des instincts féroces que tu éveilles en moi. A ta vue, à tes paroles, j'entends, au fond de mon être, hurler une bête sauvage!... Prends garde de tomber en son pouvoir!
SULEAU
Finissons-en ! Des gens ont échangé ici des paroles. Lesquelles? (Allant à l'écritoire ou il touche le bec de la plume.) Cette encre n'est pas sèche ;