‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 202 sur 220 · ACTE V, SCÊNIi VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÊNIi VIII

THEROIGNF..

Qiiclqu'un a rappelé ici le nom de Siilcau?

PREMIKR SANS-CULOTTE.

Oui, moi!

Je t'apporte de ses nouvelles : la nuit dernière, je l'ai encore revu.

DEUXIÈME CITOYEN

Elle divague ! . . .

THÉROIGNH.

Dans les profondeurs du sommeil, j'entendais une immense acclamation. Une femme m'apparut, que tous saluaient de ce même cri : « Vive la Révolution! » Mais, dans les traits de son visage, je reconnus, avec stupeur, le mien.

LA FOULE

Ha ! ha ! ha !

THÉROIGNK.

C'était moi!... J'incarnais la Révolution. J'étais parée de belles couleurs blanches, rouges et bleues. Je tendais vers tout l'univers des mains fraternelles. Je prononçais des phrases

sublimes. J'accomplissais des actes prodigieux. J'étais, vous dis-je, la Révolution !

LA FOULE

Ha ! ha ! ha !

THÉROIGNE

Soudain, le froid d'une bouche morte s'approcha de mon oreille... Ce François Suleau, dont j'ai assuré l'immolation, me suivait et me disait : « — Tu as goûté au moyen le plus sûr d'avoir toujours raison ; tu ne te déshabitueras plus de tuer le contradicteur, de tuer pour qu'on se taise, de tuer encore, parce que tu auras tué!... » Et je me sentis précipitée dans un océan pourpre, sur lequel roulaient des milliers de têtes coupées chez toutes les castes : têtes fines à cheveux d'argent, têtes hâlées d'où pendaient des barbes grossières, blondes têtes de femmes, des têtes même d'enfants! Je me défendais contre leurs dents grinçantes. Je criais: « — Erreur!.., Vous me prenez pour la tyrannie. C'est elle seule qui, depuis les origines du monde, a eu le loisir de faire tant de têtes sans corps... Moi, vous voyez bien ma cocarde fraîche! Je suis la Liberté nouvelle! Je suis la généreuse Révolution!... » Mais toutes les têtes aux yeux fixes répon-

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