ACTE I, SCENE I
GUILLAUME
Si votre femme ne reconnaît pas le divorce, comment a-t-clle autorisé sa fille à le demander ?
VILARD-DUVAL
Vous me semblez ne pas bien connaître la façon dont les choses se sont passées...
GUILLAUME
J'étais alors en Australie... Depuis mon retour dans votre intimité, les sentiments que j'y montre écartent de moi les bavards ; et ces sentiments, aussi, m'ont retenu de questionner.
VILARD-DUVAL
En deux mots, voici l'histoire : M. de Pogis, surpris par sa femme en flagrant délit, avait enlevé sa complice, une amie de Marianne. Je déterminai ma fille à demander sa séparation de corps, afin que le mari volage perdît le droit de revenir un beau jour enlever, cette fois, l'enfant commun. Trois ans plus tard M. de Pogis reparut, pour réclamer que le jugement de séparation fût converti en divorce... Croyez bien que ma femme ne se prêta pas à cette solution. Elle fit plaider Marianne à outrance, lui
Li; ni:i)Ai. K
prêchant que le divorce était impie. Elle en détestait également le caractère définitif. Ma femme, en effet, dans son culte pour les liens du mariage, n'avait pas encore désespéré d'une réconciliation entre les époux.
GUILLAUME
Est-ce que votre fille se leurrait également de cette possibilité?
V I L A R D - D U VA L
Comment dire?... Elle est restée si longtemps taciturne, après le choc reçu!... En tout cas, M. de Pogis ayant repris par jugement toute sa liberté, personne n'eut plus ici à rêver de son retour. Il s'est remarié, depuis plusieurs mois déjà, donnant ainsi à sa maîtresse le nom sous lequel Marianne a continué de vivre chez nous... Mais, laissons cela. Je ne suis entré dans ces détails que pour vous expliquer comme quoi ma femme, à aucune époque, n'a transigé sur la question du divorce. Et je doute qu'elle transige jamais... Vous savez, d'ailleurs, que par sa naissance elle est d'une autre race que moi. Elle a reçu, au couvent, l'éducation des filles nobles. Tout semblait même incompatible entre nous : elle était pauvre ; moi j'étais