ACTE II, SCKNi; VI "J
Mais je n'ai pas donné le conseil d'opter pour l'amant!... C'est à ton mari que tu te dois!
PAULETTE
Tu viens d'invoquer la voix de ton instinct. Le mien parle aussi. Et le baiser qu'il me dônonce comme le plus impur, ce n'est pas celui que la loi défend : c'est le baiser dont on n'a pas envie...
MARIANNE
Moi, j'estime si haut les pudeurs de la femme que je n'admets pas la possibilité, pour un homme, d'en triompher autrement que par le mariage, oij il promet sa vie et donne son nom!
- Songe à ce que les réalités de l'amour ont de trop prosaïque... Eh bien! une femme en perd la notion avec ce complice près de qui elle palpite de peur et de témérité, pendant que lui la grise de protestations et de remerciements... Mais un mari!... qui s'attribue de vous avoir conquise, une fois pour toutes !
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MARIANNF.
Sans ce titre de mari, tout individu qui me voudrait approcher me ferait l'effet d'un fou, d'un satyre... Mais, par la magie de ce mot : mon mari! je sens ne plus avoir, en face d'un être qui s'appelle ainsi, ni restriction, ni personnalité. Je me confonds en lui I
PAULETTE
Je suis, je t'assure, très bonne amie du mien. Mais je ne me résigne pas à ce que les privautés sur ma personne soient une de ses occupations bourgeoises. Et encore de celles qui ne lui commandent pas d'être aimable!... Non, vois-tu, l'habitude conjugale et ses facilités convenues sont ce qui fait le plus ressembler notre espèce aux bêtes, par l'absence de paroles!
MARIANNE
Ce qui me semble nous ramener vers les animaux, c'est d'ignorer les devoirs, c'est de s'abandonner à des relations plus ou moins passagères, c'est de vouloir être séduite par des compliments et de se donner ainsi pour du sucre!... Il est claiç que nous avons deux façons de sentir. Nous ne pourrons jamais nous entendre.
ACTEII.SCÈNEVI 7)
PADLETTE.
Qui sait? Nous sommes femmes. Nous devons être plus pareilles que nous ne le pensons. (Entre ini domesliquc.) Qll'y a-t-il ?
LE DOMESTIQ.UE, présentant une lellfe.
Un valet de pied attend.
PAULETTE
Il me semble connaître cette écriture... (Aynnt décacheté le pli.) Allons, bon ! (Au domestique.) Dites que je vais répondre. (Le domestique sort.) M'"e do Pogis mère me demande de la recevoir.
MARIANNE
Je la croyais restée en rapports suffisants avec toi pour se présenter sans avoir obtenu audience.
PAULETTE
C'est que, cette fois, elle me demande de recevoir, en même temps qu'elle, ton ancien
mari .
MARIANNE
Lui!
76 LEDÉDALE
PAULETTE
Ils sont, tous les deux, en bas.
Ah!
PAULETTE
On veut recourir à moi pour te persuader au sujet de ton fils.
MARIANNE
J'ai dit : Non. C'est non!
PAULETTE
Mme de Pogis m'adjure d'intervenir pour te rendre service. Je lis bien : à toi-même.
MARIANNE
Trop de bonté !
PAULETTE
C'est une femme scrupuleuse. Pour qu'elle se permette d'alléguer ton propre intérêt, il est certainement en jeu.
MARIANNE
De quelle manière?... Tu me troubles!... Soit ! Sachons, tout de suite, ce qu'il y a làdessous.