‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 64 sur 220 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Sous ce coup effroyable, mon mari et moi, nous sommes deux pareillement frappés, il n'y a plus que nous deux qui puissions nous comprendre, nous supporter... Marianne, réponds si je suis folle, oui ou non, dans cette unique pensée qui me soutienne : Il me semble être assez purifiée par la douleur, pour oser vouloir, de mon mari, qu'il ressuscite en moi l'enfant qu'il m'avait donné. Ne sera-ce pas mon petit lui-même qui revivra dans ce sein où je l'ai porté, si le père dont il est né y fait renaître une créature?

MARIANNE

Oui, Paulette ! oui ! c'est ainsi que tu retrouveras la consolation de ta vie. Tu aperçois bien ce qui redeviendra tout l'avenir de ton âme.

PAULETTE

Pendant qu'avec Hubert je disputais notre enfant à la mort, il m'est apparu, dans cette chair bien-aimée, comment les époux peuvent, en vérité, n'être qu'un dans une seule chair... Mari et femme, ce n'est pas être mariés; cela n'empêche point les divergences, les antipathies les révoltes, ni, hélas! les trahisons!... Mais,

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père et mère, on est prodigieusement identiques et unis, et sans attache appréciable avec le reste du monde. On n'est que ces deux-là, sur terre, à pouvoir ne faire qu'un.

MARIANNE, du plus profond de son être.

Tu as senti cela I

PAULETTE, difssaul h le te.

Au ton que tu as, je devine que tu l'as senti de même !

Je ne cesse de me défendre contre une telle impression qui, à moi, ne m'est pas permise. Dois-je te le confier? J'ai là vingt lettres de Guillaume qui, toutes, respirent le plus parfait dévouement pour mon fils. Mais cela sonnait, dans cette atmosphère d'angoisse, comme une voix d'étranger. De bonnes exhortations, des bons souhaits, un bon espoir qui, forcément, ne s'intéressait au destin que par-dessus mon épaule... Tandis que l'autre, ici, à se consumer dans l'épreuve, montrait à mes yeux, non pas mon reflet, mais sa propre flamme. Il me complétait, il me valait ! Nous étions vraiment les deux moitiés... Oui, i''ai senti, j'ai dû enfin

m'avoucr que l'homme qui m'a rendue mère, je ne l'avais pas arraché de mes entrailles!...

PAULETTE

Il n'y a donc partout que désolation. Tu as gardé ton enfiint, mais tu as perdu son père.

MARIANNE

En comparaison de ton sort, que pèse le mien? Toi qui m'as interdit de te plaindre, ne me plains pas !

PAULETTE

Je suis prévenue, d'ailleurs, que, dans l'état où tu es, ce serait abuser de toi que de prolonger cet entretien. Il paraît que tu as failli avoir une syncope!...

MARIANNE

Oui, ma lassitude, par moments, vient à bout de ma volonté!... Mais ne t'occupe pas de cela; restons encore une minute ensemble.

A condition que tu te mettes au lit.

MARIANNE

Non, laisse!... Figure-toi que nous n'allons pas nous revoir : je pars demain.

PAULETTE

Déjà?

MARIANNE, avec uvc douloureuse gravilè.

Il est temps.

PAULETTE

Max n'a point tenté de te retenir?

MARIANNE

Je ne l'ai pas averti. Et je m'arrangerai pour ne pas me retrouver en sa présence.

PAULETTE

Comment pourras-tu ?

MARIANNE

Il prend maintenant son tour de veillée. Il se sera retiré, je ne rencontrerai plus par là que la grand'mère, en allant embrasser mon fils pour un adieu de quelques jours.

PAULETTE

Mais où iras-tu jusqu'à l'heure de l'express?

MARIANNE

Une récente conversation avec Max me décide à ne pas attendre si tard, contrairement à

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