ACTE III, SCÈNE IV
ce que je venais d'écrire chez moi. Je me ser- y~ virai d'un train avant, qui n'arrive guère plus tôt à Paris, mais qui, du moins, m'aura enlevée de cette maison dès le petit matin.
PAULETTE
Et tu n'es pas encore couchée ! . . . Allons ! dépèche-toi 1 (Elle a le mouvement de conduire sa cousine vers l'alcôve.)
MARIANNE, avec effroi.
Oh ! non ! pas là 1... J'ai fait l'esprit fort visà-vis do M'"e de Pogis, il y a un instant. Mais cotte chambre, rappelle-toi que, la première fois que j'en ai franchi le seuil, j'étais jeune fille. Ici m'attendait le lit nuptial!... Pendant des années d'aveugle bonheur, c'est ici que j'ai vécu mes nuits!... C'est ici que j'ai passé un affreux dernier soir, dans l'abandon... après le jour où j'avais vu Max et sa maîtresse, lèvre à lèvre!... Comment de nouveau, ici, pourrais-je refermer les paupières sans que viennent y cogner les souvenirs... inadmissibles!
Va, étends-toi seulement. Au degré de faiblesse où tu es, le sommeil te prendra. Et puis, il y a toujours en nous le moment où la bête
128 LE DI-nALE
l'emporte. J'ai bien commencé, moi, de rapprendre à dormir.
MARIANNE, la rclcnani une dernière fois. Ah! ma chère Paulette, quand du temps aura passé, quand tu le voudras bien, tu verras comme je saurai des paroles et des choses, pour ramener entre nous l'image du bon petit être envolé ! . . .
PAULETTE, se dégageant.
Chut !... Ne m'accompagne pas. Repose-toi ! (Elle sort par le fond.)
SCE'ME V MARIANNE, seule, puis MAX.
MARIANNE
Me reposer!... Puisqu'ils le veulent tous, essayons!... (Elle a donné un tour de clef à la porte par où Paulette vient de sortir. Elle va pousser le verrou de la petite porte à droite. Devant une « coiffeuse », elle laisse tomber un vêtement de dessus, découvrant ainsi SCS épaules; elle retire l'épingle qui tenait ses cheveux en