‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 67 sur 220 · ACTE m, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE V

M A R I A N N E , dans iiiu- lniiieiilalion indignée. Vous me rendiez responsable, moi!... Vous m'accusiez de quelque chose, moil...

Je me confesse : je vous dévoile à quel point le mauvais orgueil, les regrets, la souffrance, nie rendaient absurde et mauvais ! . . . J'étais ainsi dans la voie de toutes les iniquités, quand j'eus à prendre parti vis-à-vis de la vengeance que vous exerciez. . . Vous aviez publiquement chassé celle qui vous avait offensée ; ce qui la faisait exécuter, sans retard, dans le cercle de nos relations et des siennes. Je ne conteste pas que votre attitude ait été en cela légitime. Je réponds seulement que j'en fus rejeté vers la femme que j'avais conscience d'avoir déshonorée. Je me lis probablement l'idée la plus fausse, j'obéis à la conception la plus déplacée d'un devoir. Mais ma faute, que vous aviez proclamée, me liait à une complice, par le respect humain, par une des formes de l'honnêteté... Dieu me garde aujourd'hui de charger la mémoire d'une morte qui a porté mon nom ! Cependant la vérité veut que je déclare avoir été mené à cet autre mariage comme à une réhabilitation que je devais. Et c'est ainsi que. pour un caprice terminé, j'ai

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pris la chaîne, portant toujours, de plus en plus lourdement, le regret de vous avoir perdue...

MARIANNE, avec des larmes dans la voix. Quand votre trahison se révéla, vous auriez dû tout mettre en oeuvre pour m'apaiser, pour me reprendre 1

MAX

Rappelez-vous dans quels ternies écrasants vous m'avez alors répudié!... Et vous ne pouvez pas savoir le visage que vous dressiez devant moi... J'ai cru sincèrement que la fin de toutes choses venait, comme la foudre, de s'abattre entre nous.

MARIANNE, de plus en plus génitssanle.

Il ne fallait rien croire ! ... Il ne fallait pas m'ccouter, dans cette plainte horrible de ma chair jalouse, dans ce déchirement de ma confiance infinie!

Quoi, Marianne?... Si je n'avais pas ajouté foi à vos protestations, si j'avais été moins crédule ou plus hardi, si je m'étais jeté tout de suite à vos pieds, c'est donc vrai que j'y aurais trouvé mon pardon ?

ACJ'I'E III, SCÈNii V

MARIANNE

S&î est-ce qui peut jamais répondre de soimême? Qui sait comment tournent les choses à certains moments?... J'étais ivre de douleur, lolle de désespoir... Je m'étais abattue sur ce canapé, comme si j'avais été frappée d'une Ixille...

Mon Dieu ! Quel mal, que de mal j'ai fait!

MARIANNE, aire un irgitiJ fixe qui revoit le passe.

Los heures de la nuit s'écoulaient sans que je bouge!... Je me disais : Il va venir heurtera cotte porte!...

MAX

Si j'étais venu, Marianne, vous me l'auriez donc ouverte comme ce soir?

Je me disais : Aurai-je l'abjection de ne pas savoir me défendre contre ses protestations, ses prières, ses caresses ! . . .

Marianne !

136 LE UhDALi;

MARIANNE

Cent fois j'ai dressé l'oreille, me disant : C'est sa voix.

MAX

Marianne ! Marianne ! pardon !

MARIANNE, coiiiiiie si elle icoulait le passé.

Oui, me disais-je, c'est lui enfin!... Qiievat-il accomplir de miraculeux?

Marianne !

MARIANNE

N'a-t-il pas, pour tâche, pour devoir le plus sacré, de faire que mon cœur ne soit plus glacé dans ma poitrine, que ma pauvre tête ne soit plus en feu ?

MAX

Marianne ! Pardonnez-moi !

MARIANNE

Quelle justification impossible va-t-il inventer pour que je ne reste pas ainsi, jusqu'à la mort, à pleurer ! (Elle s'ahimc dam les sanglots.)

ACIE III, SCLNK V

MAX

Marianne, j'ai ctc léger, odieux; mais je n'ai jamais eu d'amour que pour toi. Tous mes souvenirs d'amour, c'est toi!... Tous mes désirs d'amour, c'est encore toi ! c'est toujours toi !

MARIANNE

Tu mens!... (Revenant à la réalité.) Oh!...

Allez-vous-en !

Non, ne te reprends pas ! Notre ancien tutoiement est bien revenu sur ta bouche !

MARIANNE, le fuyant.

Vous m'avez affolée ! J'ai la fièvre ! Je ne sais plus ce que je dis ! Je ne suis plus moi-même !

MAX

C'est bien toi que je retrouve, au contraire, comme le soir de notre mariage, avec tes cheveux ainsi tombés, tes épaules nues et ton corps qui frissonne en pressentant ce que je te veux !

MARIANNE

Vous savez que je ne peux plus rien être pour

Ijb LE UÉUALE

vous! Laissez-moi! par pitic! Ne nie torturez pas!

MAX

Non, Marianne! Ta plainte est finie. Le seul mauvais souvenir, la seule tristesse, que tu aies respires dans cette chambre, tu viens de les exhaler. Rappelle-toi maintenant tous les autres souvenirs, tout ce qui a régné, en ce lieu, d'exquis et de passionné, de si violent et de si doux!

MARIANNE

Taisez-vous!... Je vous en supplie : taisezvous !

MAX

Je pourrais me taire, et pourtant tu ne cesserais plus d'entendre autour de toi un réveil de choses où ce sont nos baisers qui se remettent à chanter ! . . .

MARIANNE

je ne veux rien entendre !

MAX

Écoute ! Si ! Écoute comme l'air vibre encore de nos murmures d'amour!... Songe que notre

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