‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 121 sur 134 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

être en donner? N'allez-vous pas redescendre sur Paris? Saurez-vous reprendre le chemin de ma demeure, où n'avait cessé, à mes yeux, de flotter votre imasje ?

STANGY.

Je suis venu ici pour... J'y suis retenu... par la santé de ma femme.

SABINE , accablée.

Votre femme ! . . . Oh !

STANGY.

Vous aviez rêvé que j'aurais une solitude d'éternelle fidélité?

SABINE

Oui... Non... Je ne sais pas!

STANGY.

Un an après nos adieux, je me suis marié en Louisiane "avec une cousine que, paraît-il, j'y avais: brave créature, simple, ignorante, sauvage... Je m'imaginais que je ne bougerais plus jamais de cette terre de refuge où je revenais employer mes forces d'homme qui, ayant perdu son idéal, obéissant à un instinct d'activité animale, labourasa^-creusera, aura une compagne, sèmera une descendance!...

Mais je n'ai pas réussi à devenir tout à fait la brute que je concevais... Il y a plus de deux années, j'ai eu un enfant. Il y a trois mois, mon enfant est mort. Il a étouffé en tendant vers moi ses tout petits bras. Ce geste d'innocence suppliante et crédule, je le vois toujours comme un remords d'avoir été impuissant à l'exaucer. Depuis lors, ma femme n'a pas voulu rentrer sous le toit maudit, et, moimême, je ne m'y suis plus supporté. Nous nous sommes exilés... Jadis, pourtant, j'avais assisté, dans le même lieu, à l'agonie de ma mère, puis à celle de mon père; et mes habitudes avaient su reprendre leur cours à chaque retour du cimetière. Je les aimais bien tous deux, néanmoins, comme les honnêtes gens aiment leurs parents, comme vous aimez votre mère...

SABINE

Oui.

STANGY.

Comment ai-je été ainsi brisé, anéanti, par la disparition de ce petit être, qui bégayait encore, avec lequel je ne pouvais avoir déjà ni souvenirs communs, ni échange de pensées, ni rien d'autre que de le sentir issu de moi?

Page 1