‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 131 sur 134 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

MARIE -JE ANNE

Ne me tenez pas de ces propos-là, mère ! J'ai des amies que la carrière de leur mari a fait aller en garnison dans le sud de l'Algérie, dans rindo-Chine... Elles auraient donc été réduites à divorcer, si le bonheur et l'intérêt de leur ménage n'avaient point primé toute autre considération chez leur mère, à elles?

SABINE

J'ai servi ton ménage au delà de l'imaginable. Je ne conspire pas contre lui. Je demande que tu y sois heureuse, près de moi. Ton bonheur, ta vie courante, les roses revenues à ton teint, je veux, dans la contemplation, en posséder ma part. Je tiens à toi, comme si depuis vingt et un ans que je t'ai mise au monde, nous n'avions cessé de faire corps ensemble ! Ma tendresse t'a donné pour gages les tourments dans lesquels je t'ai enfantée, les mauvais jours et les mauvaises nuits, depuis lors, quand tu fus petite et grande, où tes plaintes faisaient repasser dans mes entrailles les torturants frissons de ta naissance. Je t'ai donné pour gages les longues années d'un dévouement capable, au besoin, d'aller, tu peux m'en croire, — jusqu'aux pires

hontes, jusqu'au dernier des crimes! Mes titres auprès de toi, je ne crains pas de les mettre en balance avec ceux de M. Didier.

M A R I E - J E A N N E , se redressa 11 1.

Mère, je vous en prie, n'élevez pas la voix contre lui. Il est mon mari !

SABINE

Oui, ton mari ! Cela signifie qu'il y a quatre ans il était encore un passant pour toi, que le caprice des rencontres fit venir se mettre à ton côté. Le lien, entre vous, il s'est formé, celuilà, dans le facile plaisir des caresses. Les gages, qui les a fournis en cette circonstance? sinon toi, avec ta pureté, tes charmes, et, peut-être, ta dot !

MARIE-JEANNE

Jusqu'à quelle insinuation allez-vous? C'est la délicatesse de son amour que vous mettez en doute. Mère, n'ajoutez pas un mot, cela vaudra mieux pour les sentiments que je veux vous porter.

SABINE

Quoi ! je devrais me taire tandis que tu t'apprêtes en sa faveur à me dépouiller de toi!... J'ai bien le droit, pour ma cause, de te mon-

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