‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 63 sur 134 · ACTE I, SCÈNE XV l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XV l

STAXGY.

Il ne me restait qu'à retourner là-bas, du moment que vous n'acceptez pas d'être ma femme.

SABINE

Vous ai-je jamais durement repoussé?

STAXGY.

Oh ! non ! toujours avec une grâce légère !... Dans les débuts, vous faisiez dévier nos entretiens vers les souvenirs de l'époque où mes parents m'avaient envoyé faire mes études en France, et où les vôtres étaient mes correspondants. Cela vous servait à m'objecter qu'étant un si bon ami d'autrefois, je risquais de me méprendre aujourd'hui en crovant vous aimer d'amour. La dernière fois que je vous ai interrogée, vous vous êtes défendue contre mes déclarations brûlantes, en m'invitant encore à réfléchir, sans rien me promettre. Tout sot que je sois, j'ai su comprendre, à la longue, que vous mettiez un soin aimable à m'évincer.

SABINE

Vous avez compris cela!... Avouez, en tout cas, que vous me détestez à présent !...

l68 LA COURSE DU ILAMBEAU

Si VOUS n'obéissiez à de la haine, vous n'auriez pas décidé, sans m'en informer, ce départ si brutal !

STANGY.

J'ai cédé à un sentiment lâche... Songez que j'avais cru m'absenter de chez moi pour un mois ou deux, le temps de refaire un peu connaissance avec Paris! Vous ayant retrouvée veuve, libre, pleine de séductions, je vous ai tout de suite désirée, et j'ai tout de suite espéré devenir votre mari. Voici près d'un an que je vous sollicite, et que vous me faites souffrir...

SABINE

Mon cher Stangy 1

STANGY.

Chaque fois que j'ai menacé de me réfugier dans mon pays, il vous a suffi, pour me désarmer, d'un sourire, d'un défi. Je m'en retournais soumis. J'étais stupide. Je me suis alors avisé que je ne tiendrais jamais la résolution de m'affranchir, si je vous la notifiais à l'avance. En ce moment de tristesse profonde, je me sens pourtant fort, non pas seulement de l'idée qu'avant une demi-heure je serai parti.

ACXH I, SCÉNIi XV 169

mais encore parce que j'ai contracté l'obligation de partir...

SABINE

Comment cela ?

Lorsque je vous suppliais, naguère, de lier votre vie à la mienne, je vous annonçais l'intention de vendre mes terres, afin de m'instal- 1er librement ici où vous tiennent vos devoirs, vos affections, vos habitudes...

SABINE

Oui... Eh bien?

STANGY.

Désormais, au contraire, réduit à chercher l'oubli dans une activité absorbante, dans un travail fiévreux, j'ai pris le moyen de tripler l'étendue de mon exploitation. Un vaste domaine, contigu au mien, est en adjudication à la Nouvelle-Orléans. Il passe pour ijQvendahk, tant sa mise en valeur rédanie de peines et de frais. J'ai pensé qu'une charge aussi lourde, dont je ne me déferais pas sans désastre, m'interdirait toute velléité de retour. J'ai négocié l'achat et donné mandat que l'on traite

pour moi, avant l'heure des enchères, demain matin.

SABINE

Je vous écoutais jusque-là, supposant qu'il s'agissait d'une absence plus ou moins longue que vous alliez faire. Je m'y serais résignée, parce que l'avenir, du moins, me semblait sauvegardé.

STANGV.

Quel avenir?

SABINE

Ne me posez pas de questions. Cessez de faire le mauvais. Voyez : je vous souris. Vous avez prétendu que je disposais ainsi d'un argument irrésistible... Vous allez vous rendre au télégraphe. Il y a, quelque part, un bureau ouvert toute la nuit. Vous expédierez un contre-ordre, qui vous dégagera encore à temps.

A cette heure-ci, c'est vrai, j'aurais peutêtre encore le temps, bien juste... Mais je n'en profiterai pas. Je veux me délivrer de votre vue qui me supplicie, de votre voisinage qui fascine ma volonté, qui m'attire sans cesse et

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