ACTE II, SCÈKE II I
DIDIER
J'avais affaire chez des banquiers. J'ai dû courir aux quatre coins de Paris.
MARIE-JEANNE
C'était bien la peine que nous déménagions pour te mettre à proximité de tes affaires, si tu recommences à passer ta vie sur la grande route. Depuis une quinzaine, tu te transportes à Paris chaque jour, quand ce n'est pas deux fois par jour.
DIDIER
Ça n'est pas pour mon plaisir.
MARIE-JEANNE
C'est peut-être par excès de zèle?... Oui, je
t'agace, je le sais, quand je te prêche un peu de modération... Pourquoi te surmener ainsi? Ne m'as-tu pas dit, l'année dernière, que nous étions déjà presque riches ?
DIDIER
Quand on est dans les affaires, on ne peut jamais dire ce qu'on possédera encore le lendemain.
MARIE-JEANNE
Ah ! avec un homme tel que toi, je me sens
bien tranquille ! Je n'ai qu'une appréhension, c'est que tu abuses de tes forces, et que tu tombes malade. Je t'aime tant ! Tout à l'heure, figure-toi, j'enviais Léonie d'être mère. Et cependant, lorsque je sors de mes envies les plus folles d'avoir un petit être qui serait de toi, que de fois je tremble, s'il venait, d'être alors exposée à l'aimer plus que je ne t'aime ! Quand je t'embrasse comme ceci, je sens au fond de moi s'épanouir toute une maternité satisfaite. Je te sens être, à la fois, mon mari et mon enfant.
DIDIER
Marie-Jeanne, tu m'aimeras toujours ainsi, n'est-ce pas?... même si l'avenir t'enlevait des illusions sur ma valeur ou mes capacités!... Ah ! je voudrais pouvoir combler tous tes vœux, faire de toi la plus heureuse des femmes !
MARIE-JEANNE
Aucun bonheur ne vaudra le mien, si tu ne m'apportes plus de visage assombri ni lassé... Mon Eiieu ! je suis moins sérieuse que toi, c'est évident, je forme des projets plus futiles... Ce que je voudrais, d'abord, ce serait que tu eusses bien ménagé ta jeunesse pour l'heure où nous entreprendrons ces beaux voyages, que