ACTE II, SCÈNE II I
tu m'as promis, tu te rappelles? en yacht!... Ah ! parcourir le monde à ton côté, sous des ciels nouveaux, cela, c'est mon rêve, ne me le retire pas !...
DIDIER
Oui, rêve!... C'est le meilleur temps que l'on puisse prendre à la vie.
MARIE-JEANNE
Il faudrait, pour bien faire, que d'ici une douzaine d'années, mettons quinze ans, tu te retirasses avec fortune acquise... Après que tu auras été décoré.
DIDIER
Ah 1 voilà une bêtise à laquelle je suis loin de sonsrer.
Elle fait son petit effet sur presque tout le monde. Il n'y a guère de regard qui n'en soit taquiné. Quand passent dans la rue les gens à ruban rouge, je ne me retiens jamais de chercher à reconnaître, du coin de l'œil, si c'est le vrai. Lorsque deux hommes causent dans un salon, je vois toujours celui qui est décoré fixer l'autre dans les yeux, et celui qui ne l'est pas fixer son interlocuteur à hauteur de la
boutonnicre. Enfin, quand nous irons au théâtre, au Bois, sur les plages, dans les villes d'eaux, cela m'amusera d'imaginer que nous faisons dire aux badauds : « Elle n'est pas trop mal cette petite femme, qu'on voit, toujours, avec son mari, qui est décoré... )) Ah! me montrer avec toi ! Etre sans cesse avec toi ! C'est le but de ma vie et de tous mes instants! Tu vois, je me doute bien que je te retarde ici, que je t'impatiente ; et je ne me décide pas à m'en aller. Renvoie-moi...
DIDIER
Oui !... J'ai horriblement à faire ! Nous reparlerons... plus tard.
MARIE-JEANNE
A tantôt. (Elle sort.)
SCE'KE m DIDIER, MARAVON, entrant par le fond.
DIDIER
Mon père !