ACTE II, SCENE III 20I
J'ai fait ta commission, de mon mieux.
DIDIER
Tu as bien démontré à ma belle-mère que, réellement, il n'y avait pas de ma faute.
J'étais allé là pour te rendre témoignage et parler en ta faveur, comme il ne t'appartenait pas de le faire toi-même... J'ai tout expliqué: les concurrences qui se sont multipliées autour de toi; la mauvaise foi d'un bailleur de fonds qui se dérobe, et avec lequel il faudrait courir les chances obscures et interminables d'un procès ; cette faillite enfin de ton plus gros client, impossible à prévoir, et qui va te frustrer dans quelques jours d'une énorme rentrée. J'ai dit nos tentatives infructueuses auprès des hommes d'argent : les uns préférant te laisser faire la culbute pour te dévaliser ensuite à leur aise ; les autres demandant une garantie de ta famille. Je n'ai pas eu besoin d'ajouter que cette garantie, ce n'était pas moi qui pouvais la donner, puisque, en dehors de ma pension de retraite, le peu que je possédais sombre avec toi.
DIDIER
La grand'mcre assistait à la séance?
M A K A VON
Oui.
DIDIER
Q.u'a-t-elle dit ?
MARAVON.
Lorsque j'ai indiqué la somme qu'il te follait, lorsque j'ai prononcé le chiffre de trois cent mille francs, madame Fontenais s'est bornée à devenir encore plus pâle. Tu sais qu'elle n'a pas le cœur en bon état... Tu m'avais chargé d'exposer la crise où tu es, mais non de solliciter le secours. Au surplus, tu seras bientôt fixé sur les intentions de la mère et de la fille : elles vont venir te trouver.
DIDIER
Aujourd'hui?... Ici!... Et Marie-Jeanne qui n'a encore aucun soupçon !
MARAVON.
Comment cela? J'ai donné à ces dames l'assurance que tu avertissais ta femme pendant que je venais près d'elles...