ACTE II. SCHNE VII
perdu son amour, que tout de même un lien est resté entre nous, fait de son estime et de ma fierté. N'exige pas que Je détruise encore cela, que je me dégrade peut-être dans l'opinion qu'il a emportée de moi!.,. Je n'en ai pas le courage !...
MARIE-JEAXXE.
Et où en trouverai-je, moi, du courage, si ma grand'mère dit : « Je ne donne pas l'argent que j'ai )), si ma mère ajoute : « Je n'écris pas la lettre que je peux »?... Qu'est-ce qui m'appartient, à moi, de faire pour mon mari ?
SABINE
Je m'exprime mal. Je n'obéis pas aux conseils d'un faux orgueil, ni même au souci de la plus simple dignité. Je me sens tenue par quelque chose de plus profond, de plus impérieux. C'est une pudeur à l'égard de cet homme, toute une grande pudeur vis-à-vis de celui-là, parce qu'il m'a aimée, parce que, son argent, il me semblerait que je l'extorque au souvenir d'un sentiment sacré, et que j'y supporte une odeur d'amour payé. Comprends donc cela ! Dis-moi que tu devines ce que j'éprouve. Tu es femme aussi !...
Je suis femme, oui, femme de Didier. La i^ pensée qui m'hypnotise est celle de mon mari. Mes yeux ne peuvent se détacher de l'issue par laquelle il cesserait de se casser la tête contre les murs. J'insiste, mère, avec toute mon énergie, pour que vous vous adressiez à monsieur Stangy.
SABINE
Tu me réduis à interroger ma conscience, à me demander si la résistance que je t'oppose est dénaturée?... Mais non!... Je revois la minute où, ayant à me décider au sujet du même homme, je t'ai, sans restriction, préférée à moi. Je ne puis donc me défier de ce que mon instinct me suggère aujourd'hui. Si je m'arrête, ce n'est, à coup sûr, que devant une indélicatesse, une malpropreté d'âme.
MARIE-JEANNE
Il vous paraît plus propre de voir votre fille et son mari, cousus de dettes, rouler dans les mauvaises affaires!... Vraiment, quand je regarde où nous en sommes tous, permettezmoi de regretter que vous n'ayez pas accepté autrefois l'offre irréprochable de monsieur