ACTE II, SCENE II 3O
et cependant mon devoir est de te dire qu'il faut te raisonner, te contenir. Il importe absolument que tu évites de te trop montrer chez moi, où ta rencontre avec des étrangers peut ranimer leurs souvenirs, stimuler leur malignité.
NOHAN, avec avierlume.
Dans ma détresse, j'attendais autre chose de ta vieille affection pour moi. Et tu prends, pour m'écarter d'ici, un soin qui pourrait ne point me paraître désintéressé.
LIGUEIL.
Non, mon ami, non, je ne suis pas amoureux de Régine. Je suis amoureux de ma femme. Mais, néanmoins, si je sens bien auprès de cette petite que je ne suis que son ami, je sens aussi qu'elle est mon amie-femme. Et pour cette amitié-là on a, c'est vrai, un je ne sais quoi que l'on n'a pas pour l'ami-homme, quelque chose d'autre, je te le confesse, que ce que j'ai pour toi.
Merci!...
LIGUEIL.
C'est chaste, un peu paternel, ou plutôt maternel, si l'expression pouvait s'appliquer à rien de ce qu'éprouve un commandant de cavalerie. C'est très protecteur, en tout cas. Et, au nom de ce sentiment, je t'adjure de t'arrêter. On te prêterait vite le projet de séduire Régine; et, comme tu as mal disposé la galerie, au premier faux semblant, on dirait que c'est fait.
Les gens qui me prêteraient un projet pareil seraient plus odieux que, moi-même, je ne l'ai jamais été.
LIGUEIL.
Que diable ! après l'opinion que l'on doit inévitablement t'attribuer sur M>'e de Vesles, il ne peut venir à l'idée de personne que tu aies l'intention de te marier avec elle.
NOHAN, se levant.
Eh bien, si, je l'ai, cette intention.
LIGUEIL.
Comment? Toi... après les... la... Tu veux...