‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 147 sur 176 · ACTE II, SCENE IIJ 31I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IIJ 31I

bituellement, quand c'est la femme de chambre qui m'habille, parce que cela m'ennuie; et quand je m'habille moi-même, c'est encore plus long (confidentiellement) parce que cela m'amuse.

N O H A N , soucieux.

Mais ne vous excusez pas, je vous assure.

Oh ! vous vous êtes impatienté ! Tenez, vous avez là, entre les yeux, un pli que je connais bien, et que je ne voudrais jamais vous voir.

Pourquoi cela?

RÉGINE

Lorsqu'on a eu, comme moi, beaucoup d'heures mauvaises dans la vie, je vous certifie que, contrairement à l'opinion courante, cela rend meilleur. Et alors on s'afflige devant la marque d'un souci sur le front d'un ami.

NOHAN

Vous croyez donc que je suis malheureux?

RÉGINE

Oui.

NOHAN

Et vous voudriez que je fusse heureux? vous vous inquiétez quelquefois de cela?

RÉGINE

Oui.

NOHAN

Et vous vous demandez de quoi je puis être malheureux et ce qui pourrait me rendre heureux?

Oui.

NOHAN

Ah !... Et qu'est-ce que vous vous répondez?

RÉGINE

Rien.

(Un temps.)

NOHAN

Qu'est-ce qui peut faire le malheur d'un homme?

RÉGINE

Bien des choses, je présume.

ACTEII, SCENI". III 313

NOHAN

Une seule.

RÉGINE, évasivement.

Je n'ai jamais été homme, je ne puis de-

Eh bien, une femme, ne concevez-vous pas ce qui pourrait faire son malheur, en une seule chose... (Régine baisse les yeux.) qui serait une personne? (Régine fait un signe affirmatif sans relever la tête.) Alors, réciproquement, vous comprenez que c'est d'une femme qu'un homme reçoit toute peine... et que... c'est d'une femme, aussi, qu'il doit espérer toute joie.

REGINE, timidement.

De la même?...

NOHAN, riant malgré lui.

Généralement! Cela dérange moins.

RÉGINE

Il me semble qu'il faut ignorer qu'on fait le malheur de quelqu'un, pour ne pas faire son bonheur.

NOHAN

Il n'y a de bonheur possible que si la femme aimée partage le sentiment qu'elle inspire.

RÉGINE

Est-ce que cek n'est pas arrivé déjà souvent?

NOHAN

Sans doute. Mais, pour commencer, comment l'homme aura-t-il trouvé en lui la hardiesse d'interroger le cœur de la femme?

Cela doit être, en effet, bien gênant... pour tous les deux.

NOHAN

Pour moi, je crois que je n'aurais jamais la force d'attendre la réponse à ce que j'aurais ainsi déclaré.

Quelquefois, dans des conversations pareilles, on doit être fixé avant que l'on ait achevé sa phrase...

NOHAN, se reprenant, sur le point de se déclarer. Mais si, au moment d'exprimer son amour

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