ACTE II, SCÈNE VI
RÉGINE, découvrant ses yeux sans paraître l'apercevoir.
Comment? Moi? je riais au milieu de ces femmes, de ces hommes, de tous ces gens ! J'étais gaie, affectueuse, confiante... Je ne savais pas. Et tout ce que je faisais d'innocent, de naturel, était interprété sans doute, tourné en moqueries honteuses !
NO H AN, halbulianl.
Régine, ne me voyez-vous pas? Voulez-vous
que je me tue ?
RÉGINE, se levant et avec une violence croissante.
Moi qui avais dans celui-ci une foi presque impie, tant je l'associais à ma foi chrétienne!... Et c'est sous les pieds de cette méchante M"ie de Maudre que vous avez ainsi jeté mon honneur! Pourquoi, au fait? Comment cela? Vous étiez donc ensemble en bien grande familiarité?... Non, ne me répondez pas, je vous défends de rien me dire de plus. Une femme!... cette femme!... s'est amusée de moi avec lui! Ah ! vous ne m'aimez pas, puisqu'il y a eu un moment où vous ne m'aimiez pas du tout, où sans doute vous en aimiez une autre? Et, à la minute, je rêvais de quel impossible bonheur
je pourrais récompenser le bonheur que vous me donniez. Et maintenant ce que je souffre est infernal. Mon Dieu! quelle souffrance pourrais-je lui rendre?
NO H AN
Régine!...
RÉGINE
Mais vous, au moins, lorsque vous me salissiez de votre calomnie, étiez-vous convaincu qu'elle fût vraie? Soutenez donc que vous y croyiez, ce sera votre excuse !
Régine ! ma chère Régine de tout à l'heure, je vous vénère dans le passé. Je vous implore et je vous adore.
REGINE, setrdoniquement.
Ah! vraiment, vous décidiez ainsi de moi, sans plus de conviction, rien que pour faire de l'esprit? Eh bien, vous auriez mieux fait d'avoir plus de confiance dans votre découverte, car vous aviez deviné juste. Et c'est bien le moins aujourd'hui que je vous en félicite. Quoi ! vous ne me croyez pas ? Mon affirmation ne vous suffit pas ? Quelle preuve donc vous faudrait-il ?