ACTE m, SCÈNE I
Régine ne répondra pas ; et elle n'avait pas à répondre.
NOHAN
Q.ue veux-tu dire ?
LIGUEIL.
Tu vas la voir bientôt arriver.
NOHAN
Qui te permet de me faire espérer cela ?
LIGUEIL.
Parce que, d'elle-même, elle n'a cessé de vouloir venir depuis que tu es blessé. Ma femme et moi nous avons été en continuel échange de courriers à ce sujet ; nous avons fait l'impossible pour la contenir. ■
NOHAN
Et tu ne m'en avais rien appris!
LIGUEIL.
l'u ne m'avais pas encore interrogé sur elle... Devais-je t'en parler le premier..,, augmenter ta fièvre... brûler moi-même ton sang ?
Dis-moi encore, en ton âme et conscience : si elle veut bien s'associer à mon projet suprême, estimes-tu alors que, malgré le nouveau scandale de ce duel, la justification de M^'^ de Vesles apparaîtra complète aux yeux du monde?
LIGUEIL, bourru dans sa honlé.
L'opinion... L'opinion de l'opinion! Tiens, je commence à en avoir assez! On a dit, on dit, on dira... Qui ça. On? Ce n'est jamais tout le monde; c'est même rarement deux interlocuteurs : ils se contredisent. C'est à peine soi... quand On, Monsieur On, est tout seul à se raconter des histoires... Sacrifier à l'opinion, vouloir la prédire, tâcher de la définir! Et comment cela? Elle prend le bien pour le mal, le mal pour le bien et souvent encore le mal pour le mal, et quelquefois aussi le bien pour le bien... Et voilà pourquoi cette fille n'est pas muette.
NOHAN, gravement.
Non I l'opinion que nous inspirons flotte autour de nous et nous revient dans l'air que