ACTE DEUXIEiME
Le Théâtre représente le salon d'une villa au bord de la mer. Au fond, terrasse avec porte sur un escalier descendant à la plage. — A droite, porte sur le jardin, à gauche la porte d'un petit salon, et celle des appartements.
SCE'ME T%EMIÈ%E
KERBEL, HENRIETTE, LAURE. ^h In'cr du rideau, Kerbel lit son journal; Henriette est occupée à sa correspondance. Laure entre sur ces entrefaites.
Je ne vous dérange pas?
52 LALOIDELHOMME
HENRIETTE
Tu ne nous avais pas prévenus de ton arrivée?
LAURE, gaiement.
Je me suis décidée subitement.
KERBEL.
Vous voilà à Deauville !
LADRE
Non. J'ai loué, depuis hier, à Villerville. Je m'y suis installée avec ma femme de chambre, dans un petit chalet bien modeste, bien gentil, où j'ai beaucoup plus chaud qu'à Paris; et cette opération faite, je me suis empressée de venir vous dire bonjour.
Vous êtes plus aimable que votre mari.
Croiriez-vous qu'il ne nous a pas encore donné signe de vie, depuis près d'un mois qu'il est à Cabourg !
LAURE
Vous êtes pourtant en bons termes avec lui?
ACIEIIjSCliNlil 55
Excellents!
LAURE, malignement.
Comme avec moi ?
KERBEL.
Ah ! le grand art de l'amitié, c'est de savoir ne prendre parti pour personne.
LAURE , de m'cine.
De cette façon-là, on peut compter sur tout le monde.
HENRIETTE
Ça ne t'a point paru scabreux de venir en villégiature dans les parages de ton mari?
LAURE
Au contraire, c'est sa présence sur cette côte qui m'a déterminée à m'y transporter à mon tour... Vrai ! depuis cinq ans que nous sommes séparés, voici la première fois que je fais un pas dont le but ne soit point de m'éloigner davantage de lui.
HENRIETTE
Q.u'est-ce que cela signifie?
Tu devines bien qu'il s'agit d'Isabelle!... D'après mes arrangements avec M. de Raguais, je dois lui donner ma fille plusieurs fois dans l'année, et pendant tout un mois de suite dans la saison d'été. La semaine prochaine, je vais enfin la lui reprendre. Au lieu d'infliger à cette petite un voyage, un trajet de chemins de fer fatigant en cette saison, j'ai préféré ne la faire simplement que changer de plage... D'autant que, depuis quelque temps, elle est peut-être un peu plus délicate qu'à l'ordinaire. Sous sa belle mine, quand elle m'a quittée, je lui sentais une vivacité de nerfs toute nouvelle. Dans le ton et l'écriture des lettres qu'elle m'envoie, il y a une petite fièvre, une crise de printemps : c'est le printemps de son âme.
HENRIETTE
Qjael âge a-t-elle au juste à présent?
LAURE
Dix-sept ans!
Est-ce possible!... A vous voir si charmante de jeunesse, personne ne voudrait croire que