ACTE II, SCENE I
VOUS soyez la maman d'une aussi grande petite personne.
Eh ! Eh ! j'avais son âge d'aujourd'hui quand j'ai fait ce mariage qui devait si bien tourner ! . . . Mais elle a une mère, elle!... Je suis là pour la préserver d'être aussi sotte, et aussi prématurément...
HENRIETTE
Oh ! je parierais bien que déjà tu cherches, des yeux, quel parti te conviendrait pour ta fille?
Non... Je sais seulement de quel parti je ne voudrais à aucun prix : c'est d'un gendre choisi dans le milieu de son père et modelé à cette image... Oh! quand parfois cette question se soulève dans mon esprit, je n'en dors plus. Je songe à ce qu'il me manque peut-être pour avoir sur ma fille, à point nommé, l'influence décisive. Je m'en veu.\ qu'elle trouve chez son père un bien-être matériel, des satisfactions d'amour-propre, des encouragements à toutes les élégances qui ne lui sont pas off'erts chez
56 LA LOI DE l'homme
moi. Mais il y a cinq ans, lors de ma rupture avec M. de Raguais, comment aurais-je pu batailler davantage, sur le chapitre de l'argent? J'étais sans armes légales, réduite à transiger. Je voulais avant tout lui échapper et lui prendre ma fille. Sur le reste, il s'est fait la part du lion. C'était fatal : ses goûts de grand seigneur lui commandaient cela.
Vous savez : il a été encore bon garçon de vous céder! Beaucoup d'autres, à sa place, n'auraient rien lâché! Ne vous plaignez pas.
Je me plains!... Il y a là des mœurs abominables!
HENRIETTE
Ne la taquinez donc pas.
KERBEL.
Je ne la taquine pas, je la raisonne.
Voyons : j'ai été une jeune fille riche, une orpheline à qui il ne manquait que ce Qui ne