‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 23 sur 176 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

s'achète pas : des parents pour m'aimcr et me conseiller. Et alors que je ne pouvais encore rien signer de valable, pas un engagement de dix francs, j'étais pourtant capable de signer un acte qui m'a pour toujours ruinée. Et non seulement j'en étais capable, mais encore j'y étais forcée par votre loi... (Signes de dcncgat'wns de Kerhel.) Si ! si ! cette loi qui veille avec tous ses gendarmes à ce que personne ne vole un œuf, pose en principe qu'une enfant, — fille mineure, comme dit mon contrat, — doit être instantanément frustrée, à tout jamais, de toute sa fortune, par le viveur expert qui a la ruse de l'épouser.

Vous faites erreur... La loi n'impose pas cela...

LAURE

Mais si 1 indirectement.

KERBEL.

Mais non ! Votre tuteur aurait pu vous choisir un autre régime matrimonial, plus favorable pour vous... Le notaire de votre famille...

LAURE

Le tuteur! Le notaire! Ces fonctions ne peuvent être exercées que par des hommes. Maître un tel et son collègue, comme dit encore mon contrat. Ils se mettent à deux hommes contre une jeune fille!... Pour préparer équitablement le contrat de vie entre l'homme et la femme, c'est un homme et une femme qu'il faudrait.

HENRIETTE

La sage-femme auprès de l'accoucheur.

LAURE

Oui, une femme expérimentée, gravement habillée de noir, elle aussi, qui m'aurait dit : « Croyez-m'en, mademoiselle, méfiez-vous, je connais ça, j'ai marié bien des pauvres petites comme vous ! Prenez toutes les précautions que le code vous permet. «

KERBEL.

Seriez-vous féministe?

LAURE

Est-ce juste qu'une moitié de l'hunanité traite l'autre en race conquise?...

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