ACTE III, SCENE I
naître dans le cœur d'Isabelle un trouble qui ne soit pas de pur enfantillage, j'irai jusqu'au bout du devoir que vous m'auriez préparé là, quelle qu'en puisse être l'amertume ! Contre vous, contre ma fille elle-même, je saurai préserver sa candeur de la tare sous laquelle vous ne rougiriez pas de la faire entrer dans le monde. Jamais on ne la verra au bras du fils de Mme d'Orcieu. Elle ne quittera pas le nom que je porte pour prendre celui de votre maîtresse.
RAGUAIS.
Je ne conteste pas vos motifs. Je souhaiterais d'y déférer. Mais cela ne serait possible qu'au prix d'une lâcheté envers Isabelle, dont je me sens incapable. Les torts que j'ai vis-à-vis de vous, je ne veux pas que ce soit à ma fille que vous les fassiez expier.
LAURE
Je refuse mon consentement.
RAGUAIS.
Vous me contraignez à vous répondre que je n'en ai pas besoin.
90 LALOIDELHOMME
Comment cela?
RAGUAIS.
Légalement, non.
LAURE
La loi dit que le consentement de la mère est inutile?
RAGUAIS.
Pas en propres termes. J'ai lu l'article. Il commence par édicter que les enfants ne peuvent se marier sans le consentement de leurs père et mère...
LAURE, triomphante.
Ah!...
RAGUAIS.
Mais ce n'est pas tout... Oh! je ne prétends pas que la disposition soit très juste. Le législateur lui-même, pour cette fois, a mis des gants et s'est embarrassé dans son style. . . Il a ajouté : « En cas de dissentiment le consentement du père suffit. » C'eût été, j'en conviens, plus franc d'écrire qu'il n'y avait que la volonté du père qui comptât!