ACTE II, SCÈNE VI 1S
nous existons loin l'un de l'autre, ne pensezvous jamais que notre sort pourrait changer?
MICHEL
Je n'ose rien souhaiter... Vous pensez cela, vous?
IRÈNE
Malgré votre absence, je vois toujours votre front pâle, tous ces traits douloureux, d'une maladie que je voudrais guérir et qui me fait avoir, de vous seul, une pitié plus grande encore que cette si grande pitié que j'ai de nous deux... Je songe à ce que vous soyez délivré de cet air de souffrir, et que vous deveniez peut-être heureux, très heureux!... Quand je ne suis pas là, vous me voyez aussi, n'est-ce pas?... telle que je suis... et puis telle que je pourrais être !
Oui, il y a des heures oi!i vous m'apparaissez, tout éperdue de réahté, toute frémissante de vie, tout inconnue encore de moi, et pourtant c'est bien vous, mais vous-même tout à fait, pour toujours, m'appartenant par miracle, sans qu'il flotte sur nous l'ombre d'un remords,
d'un reproche, ni même l'ombre faite par une mort, celle de l'autre!...
Ah ! que votre âme est pareille à la mienne, et que notre amour me paraît plus grand dans toute l'étendue de nos fiertés!... Ni l'un ni l'autre, nous n'avons conçu la possibilité d'un semblant de bonheur dans la déloyauté... Écoutez : depuis longtemps, sans vous en avoir parlé, je ne vis plus que dans le but de nous unir à jamais...
MICHEL
Que voulez-vous dire?
IRÈNE
En cet instant même, notre sort, à tous deux, se décide. Pauline met en demeure mon mari de prononcer s'il veut que nous nous rendions, l'un à l'autre, légalement, nos droits et nos libertés, comme deux adversaires qui finissent par signer ensemble un traité honorable...
MICHEL
Et vous espérez?...