ACTE III, SCENE I
ne l'attribue qu'à une petite négligence de son caractère. Mais, Dieu merci, je ne me plains plus d'elle. Nous en avons bien fini de cet affreux temps, où j'ai certes dû lui faire sentir une main de fer.
VALANTON.
Dans un gant de fer.
FERGAN
Sans doute. Mais j'aurai ainsi rempli la mission que j'avais...
VALANTON.
Vis-à-vis de vous, d'abord.
FERGAN, avec satisfaction.
Surtout vis-à-vis d'elle. Je lui ai assuré son existence d'honnête femme. Elle-même, avec toutes ses exubérances d'idées, pouvait-elle savoir de quoi elle aurait peut-être été capable si je lui avais rendu la direction de ses actes? Tenez, je me félicite chaque jour d'avoir jadis tenu bon. Dans cette retraite, l'état physique de ma femme s'est bien vite amélioré. Elle est devenue mère. Ses sentiments se sont modifiés. Elle a enfin compris la vie telle qu'on doit
2o6 jLes tenailles
la comprendre: comme quelque cliose de pas bien malin, dans quoi nous n'avions, l'un près de l'autre, qu'à nous laisser désormais tout bonnement vivre.
VALANTON.
Oh ! évidemment, dans le mariage, il n'y a guère de tirage que pendant les quinze ou vingt premières années. Après, le plus fort est fait, tout s'arrange.
FERGAN
Cela n'empêche pas qu'il puisse encore y avoir, par-ci par-là, des questions qui n'aillent pas toutes seules. Ainsi, tout à l'heure, je vais précisément avoir à trancher une difficulté ; et je prévois bien que j'y aurai besoin de retrouver du nerf...
VALANTON, d'un air consterné.
Vous allez recommencer des discussions avec
votre femme?
FERGAN
Une discussion assez sérieuse, oui, je le crains. Il s'agit de l'éducation de notre René, et ma femme n'a pas l'air disposé à l'entendre comme il va falloir que ce soit.