LA MATRONE ADULTÈRE
!*>^I^V^I>P N dimanche de juin, vers une heure )| >w| f/ J*-' l'après-midi, ceci se passa dans 3vvC// )l '^'" carrefour de mon quartier. tT^î^'b^ Sans motif, je m'étais arrôté à l'angle d'un trottoir; et, là, je m'employais à contempler tantôt le dallage environnant, tantôt les objets loin à gauche ou à droite, ayant conscience de ne rien attendre et de ne rien re-
J 9^ 1. A M A r it () S' i; A u f I. r i. u i;
garder préciscnient. Un bien-ctrc régnait en moi par Tunique idée présente que j'étais libre de tout rendez-vous, de tout travail, de tout projet. Je venais de déjeuner, seul et frugalement. Je ne pensais à personne, ni même à moi. Je fumais. J'étais content.
Une puissante chaleur était dans l'air, momentanément silencieux, où se mit à sonner la cloche d'une église. Quelques passants promenèrent alors leurs ombres sur la place tendue de soleil, s'acheminant, pour la dernière messe, vers un porche ténébreux dont je discernai vaguement la profondeur.
Tandis que mon attention allait flâner ju;,qu'aux confins de cette perspective lointaine, une silhouette s'interposa beaucoup plus proche et se mouvant avec lenteur.
Vis-à-vis de moi, un homme circulait sans quitter l'angle opposé de l'autre trottoir. Il avait une quarantaine d'années environ, le ventre gros, l'encolure engoncée. Sa physionomie était insignifiante ou plutôt effacée sous l'abondance de poils châtains et incultes. Sa mise était ce
LA MATROX H ADi;LTLKL 1 9^
qu'on appelle endimanchée. La soie de son cliapeau-claque n'avait aucun luisant, ainsi que ses bottines, dont les bouts carrés devaient toujours rester ternes après le nettoyage hâtif de quelque femme de ménage qui avait, sans doute, d'autres chats à brosser. Comme celles des garçons d'honneur dans un mariage de banlieue, ses mains gantées de clair étalaient une épaisse gaucherie. Malgré l'ardeur de la température, cet individu portait un paletot gris, non boutonné, dont les plis attestaient une sortie récente de l'armoire, pour les nécessités d'une tenue de cérémonie, en ce jour.
Pourquoi l'étude de cet inconnu me captiva particulièrement, je serais incapable de l'expliquer. Quoi qu'il en fût, mon stationnement me parut désormais avoir un but.
Le partenaire guettait une arrivée manifestement prévue, dans une direction invariable. A plusieurs reprises, il consulta sa montre, sans dépit, liientot, je me surpris à imiter ce procédé, mais peut-être avec moins de patience, car je commençais à trouver que « ce que je
200 I. A MATKON'i; ADUl.Tl. KL
ne savais quoi » devait être en je ne sais quel retard. Toutefois mon manège eut ce bon elllt de faire augurer à l'autre que, moi aussi, j'étais victime d'une inexactitude d'autrui; et dès lors il bannit l'expression première de méfiance avec laquelle il m'avait dévisagé.
Soudain, il eut un soubresaut...
Une dame s'avançait, à petits pas, les yeux baissés, corpulente, la taille altière dans sa toilette très comme il faut de beauté mûre. Son profil au teint mat, où l'âge avait ménagé les grandes lignes, était magnifique et grave. Seules les formes du menton s'avachissaient dans un excès de graisse, et la lèvre supérieure était estompée d'une moustache assez drue. Le chignon net, soigneusement établi, sans le moindre cheveu fou, était très brun et recevait dans ses tresses de nombreux fils d'argent. Le chapeau de paille brune supportait une corbeille gracieuse de géraniums rouges. Le corsage, élégant et dessiné avec tact, enfermait une gorge opulente, dans un tissu soyeux et brun aussi. Ce n'était pas évidemment une grande dame,