‹ ThéâtreChapitre 63 sur 112 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Une rue à l'entrée de Zalamea.

Entrent MENDO, gentillâtre ridicule, etNUÑO

MENDO.

Comment va le grison ?

NUÑO

Pauvre bête î il ne peut plus se tenir.

MENDO.

As-tu dit à mon laquais de le promener un instant?

NUÑ0.

Voilà une agréable ration!

MENDO.

Il n'y a rien qui délasse autant les animaux.

NUÑO

Pour moi, j'aimerais mieux de l'avoine.

MENDO.

Et mes lévriers, as-tu dit qu'on ne les attachât point?

NÜÑO.

Ils en seront fort contens, mais pas le boucher i.

MENDO.

Assez; et puisque trois heures viennent de sonner, donne-moi mes gants et un cure-dents.

NÜÑ0.

Croyez-vous tromper le monde avec ce cure-dents?

MENDO.

Si quelqu'un osait penser eu lui-même que je n'ai pas mangé à mon dîner un faisan, je suis prêt à "lui soutenir ici et partout ailleurs qu'il en a menti à part soi.

NUÑO

Eh! ne vaudrait-il pas mieux me soutenir moi-même? car enfin je suis à votre service.

MENDO.

Quelles sottises!... A propos, n'est-il pas arrivé ce soir des soldats dans ce village?

NUNO

Oui, mon seigneur.

MENDO.

Pauvres roturiers! n'est-ce pas pitié de leur voir toujours des hôtes nouveaux?

Parce que ces lévriers affamé* in»ni vnli-r triiez (ni

ÑUÑO.

Ce n'est pas moins pitié, au contraire, d'en voir d'autres qui n'en ont jamais.

MENDO.

De qui parles-tu?

Des gentilshommes de campagne. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi on ne leur envoie personne à loger?

MENDO.

Pourquoi ?

NUÑO

Parce qu'on craint que Ton y meure de faim.

MENDO.

Dieu fasse paix à l'âme de mon bon seigneur et pèrel car enfin il m'a laissé une belle carte généalogique toute peinte d'or et d'azur, qui m'exempte moi et mon lignage de ces corvées.

NUÑ0.

Il aurait mieux valu qu'il vous eût laissé un peu d'argent comptant.

MENDO.

Toutefois, quand j'y pense, et s'il faut dire la vérité, je ne lui ai pas grande obligation de ce qu'il m'a engendré noble; car je n'aurais jamais souffert qu'un autre qu'un gentilhomme m'eût engendré dans le ventre de ma mère.

NUÑO

i! vous eût été difficile de le savoir.

MENDO.

Point du tout; rien de plus facile.

NÜÑO.

Comment cela, seigneur?

MENDO.

Mais non ; tu n'entends rien a la philosophie, et par conséquent tu ne connais pas les principes.

NUÑ0.

Il est vrai, mon seigneur, ni les principes, ni le reste, depuis que je mange chez vous *. Votre table est une table divine, sans commencement, ni milieu, ni fin

m en no.

de ne te parle point de cela. Sache que l'être qui naît est la substance de la nourriture qu'ont prise ses parens.

NÜÑO.

Vos parens mangeaient donc? Vous n'avez pas hérité d'eux cette habitude.,

1 Nuûo joue sur le double sens du mot priîicipios, qui signifie 1 principes, commen' cernent, 2 - un plat, une entrée.

MENDO.

Ensuite ces alimens se convertissent en sa propre chair et en son propre sang... Si donc mon père n'eût mangé que des oignons, j'en aurais aussitôt senti l'odeur, et j'aurais dit : Un moment, s'il vous plaît; je ne veux pas être le résultat de la digestion ó'nn pareil niets.

nuno.

Je conviens à présent que vous avez raison.

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