‹ ThéâtreChapitre 91 sur 112 · SCÈNE M · texte numérisé non relu

SCÈNE M

La cour an palais ri le portique.

DON CESAR, marchant comme à tâtons.

Je ne puis trouver cette porte... La nuit est si obscure et si guiri bre, mon esprit est si plein de trouble et de confusion, que ¡ ne sais plus où je vais au milieu de ces doubles ténèbres.,. Fqliail-ii que pareille chose m'arrivat, et dans la maison du gouverneur î... Quel malheur est le mien !... Je ne trouverai donc pas cette porte "... Je suis bien sous le portique cependant.. ( // met la main sur une chaise à porteurs.) Qu'est ceci? une chaise à porteurs, si je ne me trompe. C'est sous ce portique qu'on les remise d'ordinaire... Mais voila quelqu'un... Je n'ai plus d'autre ressource que de m'y cacher... Dans une circonstance aussi critique il faut abandonner quelque chose au hasard.

Il se jt'lte dans la chaise à porteurs.

Entrent, d'un côté, LE GOÜ VERSEUR, et, de loutre, DON JUAN; ils oui chacun l'épée à la main , le gouverneur lient un flambeau de la main gauche

LE GOUVERNEUR

C'est de ce côté-ci que j'ai entendu le bruit. Veillez sur la porte ; qu'il ne nous échappe pas.

DON JUAN

Dès que j'ai entend i votre voix, seigneur, je suis sorti de ma chambre.

LE GOUVERNEUR , à part.

Pour augmenter mon embarras.

DON JUAN

Qu'y a-t-il donc?

UE GOUVERNEUR

Ce n'était rien. Je me suis mépris. ( A part.) O mon honneur! dissimulons!... ( Haut.) J'ai °ru que l'on marchait dans mon appartement; je me suis levé pour voir. J'en ai du regret à présent J'ai parcouru la maison sans rencontrer personne;. cela ne m'a servi qu'à réveiller ma iille, qui était déjà dans se i ; fcmier sommeil. El ainsi , don Juan...

V»»»s ne vous êtes pas trompé, seigneur. Quelqu'un aura pénétré dans le palais, j'en ai la certitude; car, d'abord, j'ai entendu des pas qu'on tâchait d'étoutter, et ensuite un bruit pesant comme d'un homme qui se serait précipité d'une fenêtre.

LE GOUVERNEUR, à part.

Je che: che en vain a démentir ma honte... elle n'est que trop Certaine!... {Haut.) Maintenant que j'ai fouille la maison, je suis

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désabusé quant à moi... Mais si vous ne Têtes pas, prenez cette lumière et parcourez-la de nouveau.

Il donne le flambeau à don Juan.

DON JUAN

Veuillez , seigneur, vous placer a cette porte pour qu'on ne iorte pas; je vais commencer mes recherches.

LE GOUVERNEUR

Sûrement il n'y a rien ici.

DON JUAN

On pourrait bien être dans cette chaise à porteurs.

LE GOUVERNEUR

Il est facile de le voir.

Uon Juan ouvre la portière, et voit don César, qui lui fait signe de se taire.

don juan, à part.

Que le ciel me soit en aidel Que vois-je?

LE GOUVERNEUR

Y a-t-il quelqu'un ?

Non , personne. ( A part. ) Plût à Dieu!

LE GOUVERNEUR

J'ai yu le reste.

DON JUAN

Il est clair, seigneur, que je me suis trompé; c'est sans doute le vent qui aura fermé quelque porte. Ainsi rentrez, seigneur.

LE GOUVERNEUR

Allez vous remettre au lit, don Juan, bien í sure qu'il n'est venu personne.

DON JUAN

J'en suis bien convaincu à présent; c'était une illusion; vous pouvez en être aussi persuadé que je le ruis moi-même.

LE GOUVKUNEUR

Je vais reprendre mon somme, etje vous conseille d'en faireautant.

Il sort.

DON JUAN

Il croit m'avoir trompé, et c'est moi qui ie trompe!*., nous employons tous deux la même ruse pour nous celer l'un à l'autre notre commun malhuuvl... — Que le ciel me soit eu aide! qu'il m'inspire le parti que je dois prenure dans une aussi triste situation !... Don César caché ¡ci ! don César dans ma maison ! Et moi je me suis porté caution pour lui! j'ai favorisé moi-même ma honte!... Il avilit bien raison, il ne pouvait pas me dire quelle était cette dame; non, certes, il ne pouvait pas me le dire, puisque c'était elle!... — J'ai là outragés l'amitié, la confiance et l'honneur; eh bien! pour ces trois outrages une triple vengeance ! nue ce poignard le frappe jusqu'à mort dans cet asile où il s'est réfugia...— Mais comment aco ur.plirauje ma parole de le ramener à la j.-ri-

2íí* T)K MAL EN PIS,

son?... - Situation horrible! Puis-je tuer un homme confié à ma foi?puis-je épargner celui dont j'ai reçu cette injure?... O ciel! dans ces mouvemens contraires, que ne puis-je d'une main \e défendre et le tuer de l'autre!... - Mais non, qu'il meure! quand l'honneur est offensé il n'y a plus ni respect humain, ni égards, ni parole... (Appelant. ) Don César!

don césar , sortant de la chaise.

Interdit et confondu en vous voyant, je voudrais me jeter à vos pieds.

DON JUAN

Suivez-moi, don César, et laissons là des complimens hors de propos.

DON CÉSAR

Où me conduisez-vous ?

DON JUAN

J irai seul avec vous. Je n'ai que mon manteau et mon épée. Ne rraignez rien.

DON CÉSAR

Je ne crains certainement aucune trahison d'un homme de voir naissance et de votre mérite. — Si je vous adresse cette queit'u c'est pour vous détourner d'une chose dont vous auriez plus tard du regret.

DON JUAN

Comment cela ?

l'ai une excuse.

Vous?

Oui.

Dieu le veuille!

Daignez m'écouter.

Marchons toujours.

DON CÉSAR

Non! vous m'entendrez ici; mais si nous sortons une fois , je n'aurai plus à vous parler qu'avec l'épée. Ici les explications, et dehors le combat.

DON JUAN

Qu'avez-vous donc à me dire, vous qui avez offensé en mêm< temps mon honneur, mon amitié et ma confiance ?... mon honneur, puisque vous avez osé forcer cette maison ; mon amitié, puisque sachant que je prétends à la main d'une femme, vous ia poursuivez et la servez; ma confiance, puisque vous avez trouvé en elle une

DON CÉSAR

DON JUAN

DON CESAR

DON JUAN

DON CÉSAR

DON JUAN

médiatrice dont vous vous prévalez contre moi... Voyez maintenant si j'ai raison de me plaindre, lorsque, ami déloyal et ingrat, vous outragez mon honneur, mon amitié et ma confiance!

Si l'un de nous ici est offensé par l'autre, c'est moi, don Juan, moi que vous accusez de trahison, de perfidie, moi qui considère l'amitié comme un autel sacré sur lequel je sacrifie en ce moment les ressentimens de mon âme. Je n'ai pas offensé votre honneur. Si j'ai osé pénétrer dans cette maison, c'est qu'il y demeure une dame qui a été arrêtée récemment avec moi; cela devait suffire pour que j'y vinsse la voir quand elle m'appelait. Quant à l'amitié, c'a été par délicatesse que je me suis caché de vous; plein de ménagement pour celle qui devait être votre épouse, je n'ai point voulu vous dire qu'il habitât chez elle une femme à laquelle je rendais des soins. Et pour la confiance, j'en ai en vous une telle, que j'ai eu peur de vous déplaire si je vous avouais seulement mon dessein. Et c'est pourquoi soyez satisfait, car c'est vous qui m'accusez à tort.

DON JUAN

Ces explications ne me suffisent pas ; donnez-moi jusqu'à demain pour vous répondre.

DON CÉSAR

Volontiers. Vous me retrouverez là-bas dans ma prison.

DON JUAN

Veuillez m'y attendre.

DON CÉSAR

Donc à iemain; adieu.

DON JUAN

Adieu donc; à demain.

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