‹ ThéâtreChapitre 96 sur 112 · LE COUVE UN EUR · texte numérisé non relu

LE COUVE UN EUR

Asseyez-vous là, don César.

DON CÉSAR

Je vous ol'rfis. seigneur, comme c'est mon devoir.

Ils s'asseycwt.

LE GOUVERNEUR

Vous saurez, don César, que j'ai été en ma jeunesse le grand ami de don Alfonse Colona ; je viens donc vous parler, non pas en juge, mais conduit près de vous par l'intérêt que je porte à sa personne et à son honneur. Lui-même a exigé mon entremise en cette occurrence. Donc, mon ami, en homme sage, faisant de nécessité vertu, a sollicité là-bas votre pardon; il l'a obtenu et vous l'envoie sous ce pli. Il se flatte qu'après cela vous consentirez à rétablir son honneur. 11 dit enfin que, pourvu que vous reveniez auprès de lui marié avec sa fille, vous pouvez y retourner sans nul souci, qu'il vous recevra à bras ouverts comme le père le plus tendre.

DON CÉSAR

Vous agissez, seigneur, comme celui que vous êtes, et vous m'imposez des obligations éternelles. La jalousie fut cause d'une fureur insensée; je suis complètement désabusé aujourd'hui; et ainsi j'appartiens désormais tout entier à la belle Flerida, et je suis prêt à lui donner ma main.

LE GOUVERNEUR

Alors ce ne sera pas plus tard que cette nuit.

DON CÉSAR

Est-ce que vous avez procuration pour cela?

LE GOUVERNEUR

A quoi bon, si vous êtes ici présens l'un et l'autre?

DON CÉSAR

Quoi! Flerida ici!... Comment donc, de grâce?

LE GOUVERNEUR

Vous n'y songez donc pas! Oubliez-vous qu'elle est en ma

maison?

DON CÉSAR

Je l'ignorais, seigneur.

Allons donc! ne l'ai-je pas trouvée avec vous le jour que ie vous

arrêtai?

DON CÉSAR

Quel bizarre malentendu! Vous vous trompez, seigneur, en Croyant que cette dame est Flerida. Vive le ciel! ce n'est pas elle.

LE GOUVERNEUR

Comment un sien valet qui l'a vue m'aurait-il menti? Comment le dirait-elle pareillement?

DON CÉSAR

Vous aurez sans doute chez vous une autre prisonnière.

LE GOUVERNEUR

Non pas! je n'ai que cette dame qui était avec vous au jardin

JOURNÉE III, SCEJNü lii. oïl

DON CÉSAR

Eh bien ! vous êtes dans l'erreur, elle n'est pas Flerida.

LE GOUVERNEUR

Ma patience est à bout!... — Mais, — bien qu'elle nie qu'elle soit prisonnière,— si elle-même confesse, avec d'amers regrets, les divers incidens de ses amours et qu'elle en donne le détail, elle ne peut pas m'abuser?

DON CÉSAR

Les mêmes signalcmens, les mêmes indices pourraient convenir à une autre femme.

LE GOUVERNEUR

Cela est impossible. D'ailleurs, un valet qui l'a suivie l'a vue, je dis vue de ses yeux.

Alors le valet en a menti.

LE GOUVERNEUR

Vous me feriez perdre l'esprit.

DON CÉSAR

Conduisez moî vers elle, et si elle déclare devant moi être Flerida, à l'instant même je l'épouse.

LE GOUVERNEUR

C'est bien, venez.

don césar, à part.

O ciel! tirez-moi de cette intrigue inexplicable!

le gouverneur, à part.

Secourez-moi, grand Dieu, au milieu de tant d'ennuis!

DON CÉSAR

Enfin, dites-vous, c'est elle qui était cachée dans le jardin?

LE GOUVERNEUR

Eh oui! cent fois oui.

DON CÉSAR

Eh bien! ce n'est pas Flerida.

LE GOUVERNEUR

Eh bien?... De mal en pis!

Ils sortea l.

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