‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 10 sur 105 · THERESE. BEETHOVEN · texte numérisé non relu

THERESE. BEETHOVEN

THERESE. — C'est vrai pourtant. Quand je me rappelle les opinions que ma mère a toujours émises sur les mariages des nobles, et les recommandations très sérieuses qu'elle n'a jamaas manqué de nous faire à ce sujet, à nous, ses enfants, je dois reconnaître qu'en effet ses idées sont inflexiblement arrêtées et que mon frère a raison. Mais alors, Louis, qu'allons-nous devenir? Comme nous souffrirons d'être si près l'un de l'autre et de ne jamais nous voir unis. — Avoir cru enfin toucher au terme de notre attente fiévreuse et angoissée! Avoir enfin vu apparaître les cimes lumineuses de l'amour, de la vie! Avoir découvert le chemin ensoleillé qui nous y conduisait, et aussitôt voir ce chemin s'obscurcir, sarrêter! Nous trouver au fond d'un abîme, un rocher inaccessible devant nous! Ah! aimer, de toute son âme! Etre sincèrement aimée en retour! BEETHOVEN. — Eperdument!

THERESE. — Et n'avoir aucun, aucun espoir! Y a-t-il au monde un sort plus infortune!

BEETHOVEN. — Tu souffres, mon ange, mon tout, mon moi! Pourquoi cette tristesse profonde quand la nécessité parle! Notre amour, peut-il vivre d'autre chose que de sacrifices et de renoncements! THERESE. — De renoncements!

BEETHOVEN, changeant de ton. — Mais non! Nous ne devons pas renoncer. Console-toi! — Je ne peux plus, il est vrai, rester ici...

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