‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 11 sur 105 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

THERESE. — Phis rester!

BEETHOVEN . — Je te verrais continuellement et je ne pourrais te témoigner ma tendresse. Ta mère s'en apercevrait et me prierait de m'en aller. Au surplus, comme tu Tas dit tantôt, tous deux nous souffririons trop de devoir renfermer en nous notre amour.. Je pars donc. Je m'en vais au loin. Mais je travaillerai. Je ferai en sorte que je puisse voler dans tes bras, vivre avec toi, élever mon âme, entourée par toi, dans le royaume des esprits.

THERESE. — Seigneur! ...Tu t'en vas et je...!

BEETHOVEN. — Il le faut, Thérèse. Tu t'y feras. Tu le supporteras. Tu me connais depuis longtemps et tu sais que tu peux compter sur ma fidélité. Jamais une autre n'aura mon cœur. Jamais! Jamais! Nous nous aimons! Et notre amour, n'est-il pas un édifice céleste! Mais solide aussi comme la voûte des cieux!

THERESE, exaltée. — Oui, comme la voûte des cieux! (Un temps.) Mais nous allons nous écrire très souvent. Si nous ne pouvons plus nous voir, au moins nous nous dirons nos pensées, nos sentiments, notre vie.

BEETHOVEN. — Je t'écrirai le premier et chacun répondra à l'autre.

THERESE. — C'est entendu. Je te le promets. Envoie-moi ta correspondance par l'intermédiaire de Franz. Mais toi? Tu vas retourner à Vienne? Vivre tout l'été dans l'atmosphère étouffante de la grande ville?

HO BEETHOVEN OU l' HÉROÏQUE

BEETHOVEN. — Non, je ne retovirnerai pas à Vienne. Le prince et la princesse lichnowsky m'ont demandé d'être leur hÔte dans leur campagne de Silésie, quand je partirais de Martonvazar. Us m'ont dit que j'y travaillerais dans le calme et la paix. Et j'ai accepté. Je vais leur faire savoir que j'arriverai demain.

THERESE. — Tu partirais si tôt. Ah. comme je serai malheureuse quand je ne te verrai plus!

BEETHOVEN. — 11 faut que je m'en aille, Thérèse. Il le faut.

THERESE, après un temps. — Mais nous nous retrouverons là-bas sans doute? U 29 septembre, je dois assister, à Dresde, au mariage d'une amie. Quand j'en ai parlé à mon cousin et à ma cousine Lichnowsky, j'ai dû leur promettre d'aller passer, à mon retour, quelques semaines avec eux.

BEETHOVEN. — Et après une longue et pénible séparation, nous éprouverons la grande joie de nous revoir. Mais tout de suite l'immense douleur aussi d'être si près l'un de l'autre et pourtant toujours loin, désespérément loin! (Changeant tout à coup de sentiment et de ton.) Non, je saisirai le destin à la gueule et je lui arracherai notre bonheur. Oui, Thérèse, ton bonheur et le mien.— Je suis prersé. Je vais écrire ma lettre. Au revoir, mon éternelle bien-aimée. (Pendant que, sans l'avoir embrassée, sans même lui avoir donné la main, il sort par la droite, le rideau tombe.)

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