THERESE
LICHNOWSKY. — \ous désirez connaître les dernières nouvelles? D'après ce que vient de me dire un officier...
LA PRINCESSE. — Le général Hulin?
LICHNOWSKY . — Non, je n'ai pas encore vu le général aujourd'hui. — Le roi de Prusse aurait fait des offres de paix à l'empereur des Français.
BEETHOVEN . — Je me suis déjà demandé comment la Prusse a pu engager une lutte aussi inégale.
THEFŒSE. — Oui. elle est abandonnée à ellemême...
LA PRINCESSE. — Elxcepté sur mer, où les Anglais ont repris les hostilités contre Nnpoléo;-!.
BEETHOVEN. — .Austerlitz aurait dû être une leçon pour le gouvernement de Berlin. — Mais en y songeant bien, on doit reconnaître qu'il ne pouvait pas continvier plus longtemps à supporter les empiétements du Corse.
THERESE. — Nous vivons à une étonnante, une stupéfiante époque...
BEETHOVEN. — Oui, qui se serait attendu à celaf
">rè9 le traité de Presbourg, quand les Français
avaient quitté l'Autriche, qui aurait cru que, pas un an après, nous les retrouverions ici, en Silésie!...
THERESE. — Un des coins les plus retirés de la Prusse, presque aux confins de la Russie,..
BEETHOVEN . — Où, depuis trois jours, ils sont installés comme chez eux.
LICHNOWSKY. — C'est la guerre, Louis. Nous ne pouvons pas les chasser.
LA PRINCESSE. — Nous devons nous estimer heureux qu'ils ne nous chassent pas, eux.
LICHNOWSKY, toujours à Beethoven. — Ils ne vous dérangent pas? Ils ne vous ennuyent pas?
BEETHOVEN. — Si fait, ils me dérangent. Ils m'ennuyent. Ils sont venus troubler la sereine quiétude de cette retraite. On ne fait pas un pas au château ou au parc, sans en rencontrer un. On ne peut tout de même pas s'enfermer nuit et jour dans sa chambre,
LA PRINCESSE, sincère et d'une ooix douce. — Je suis désolée, mon ami. Vous aviez une vie tranquille et heureuse à Vienne, à Martonvazar, et je vous ai demandé de venir en Silésie où votre séjour est gâté par toutes ces misères.
BEETHOVEN. — Oh, ce n'est pas votre faute, madame. Au contraire, vos intentions ont été les meilleures du monde.
LICHNOWSKY. — D'ailleurs, si vous voulez avoir un peu de patience, Louis, vous verrez, ils ne resteront pas longtemps.