ACTE II
BEETHOVEN. — Vous croyez, prince?
LICHNOWSKY. — Il faut si peu de temps à Napoléon pour abattre un ennenù et lui faire demander grâce.
BEETHOVEN. — Mais ce n'est pas fini!
LICHNOWSKY. — Autant vaut...
LA PRINCESSE. — Eln tout cas, jusqu'ici ce fut foudroyant. La guerre déclarée à la France au début d'octobre, tout de suite deux armées françaises en plein centre de l'Allemagne, puis les deux terribles batailles d'Iéna et d'Auerstaedt — (La figttre de Beethooen se contracte de rage.)
LICHNOWSKY. — Le même jour, le 14 octobre...
BEETHOVEN. — Jour de malheurl
LICHNOWSKY. — Puis reddition des places fortes...
BEETHOVEN. — De toutes, l'une après l'autre. Une honte!
THERESE. — Entrée de Napoléon à Berlin...
LICHNOWSKY. — Envahissement de toute la Prusse...
LA PRINCESSE. — Fuite du roi et de la reine.
THERESE. — J'ai entendu dire à Dresde que le malheur de son pays a frappé la reine Louise au cœur.
BEETHOVEN. — Elle aime sa patrie profondément.
THERESE. — Pauvre femme!
34 BEETHOVEN OU l'hÉROïQUE
LA PRINCESSE. — Oui, elle est bien à plaindre.
LICHNOWSKY . — Les méfaits des pères, Christiane, retombent sur les enfants. En tout cas, dans les malheurs qui frappent le roi de Prusse et le Tsar, nous autres Polonais, nous voyons le châtiment de* crimes commis par leurs ancêtres envers notre infortunée patrie.
LA PRINCESSE. — C'est vrai, nous ne pouvons pas l'oublier.
BEETHOVEN. — Mais en quoi les peuples sontils responsables des actes de leurs souverains autocrates! Nous autres Allemands, nous ne voyons que 1rs agissements de Bonaparte à notre égard. Qu'estce qu'il mérite, l'homme qui ne cherche qu'à anéantir notre pays, à faire de nous ses esclaves!
(Un soldat français vient parler à Lichnowsl^y.)
LICHNOWSKY . — Nous en recauserons tout à l'heure, Louis. Un officier me demande. (Il sort.)
LA PRINCESSE. — Moi aussi, il faut que je vous laisse, mes chers. Excusez-moi. J'ai quelques ordres à donner, A tantôt.
THERESE. — Oui, Christiane. (La princesse sort.)