‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 15 sur 105 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

plus noir abattement, c'est à ce stupide préjugé que nous le devons. F.t cette peine ne suffisait pas, il faut encore l'autre, de voir ma situation rester toujours si mauvaise, de ne pouvoir...

THERESE l'interrompt. — Mais, Louis, ta situation ne tardera pas à s'affermir. Tu as le génie de la musique comme pas un. Tu travailles, tu pr&duis des œuvres toujours plus belles, plus grandioses, il faut que tu réussisses, tu dois réussir nécessairement.

BEETHOVEN. — Ah, mon enfant! Comme tu es jeune! Comme tu te fais encore des illusions! Oui, je travaille, je produis. Depuis que nous nous sommes quittés en Hongiie, j'ai écrit des quatuors, j'ai composé unf" nouvelle sonate dont je peux être fier...

THERESE. — Tu peux être fier de toutes tes couvres...

BEETHOVEN. — Et que je dédierai à Franz, ton frère, en souvenir de Martonvazar. Mais tu ne lui en diras rien, je veux i\n faire une surprise.

THERESE. — Je te le promets.

BEETHOVEN . — j'ai commencé aussi un opéra : Coriolan, dont l'ouverture est faite. Le prince Lobkovitz a acheté ma symphonie héroïque et j'en ai une nouvelle sur le métier. — Eh bien, tout cela, Thérèse, vaut de l'or, j'en suis certain, comme je suis certain de respirer, de te parler. Cela vaut de l'or et sera vendu dans le monde entier...

THERESE. — Oui, parce que c'est la musique dans toute sa force, sa puissance, sa plus haute, sa plus parfaite réalisation...

BEETHOVEN. — Parce que je ne compose que quand l'Esprit me parle et que j'écris ce qu'il me dicte, parce que, dans mon œuvre, je m'approche de la divinité et que j'en répands les rayons sur la race humaine.

THERESE, dans un transport d'enthousiasme. — Ah, Louis! Louis!

BEETHOVEN. — Mais tout cela, Thérèse, jusqu'à maintenant, hélas, ne me rapporte pas encore assez pour vivre. Mes quatuors, mes sonates, mes symphonies, je les vends, c'est vrai, mais les prix qu'on m'oiîre et que je suis obligé d'accepter, sont vraiment dérisoires. Parce que ma réputation n'est pas encore mondiale, parce que mon nom n est encore connu que depuis peu, mes éditeurs en profitent pour m'exploiter, pour s'enrichir à mes dépens.

THERESE. — Les vilains égoïstes!

BEETHOVEN. — Les juifs! ...Oui, voilà plusieurs années que je vis en Autriche, et malgré mon talent, mon travail, je n'arrive pas à me créer une position me permettant de triompher des obstacles qui s'opposent à notre mariac,'e. Ah, mon amie! En partant de Martonvazar, que n'ai-je mis en exécution le projet que j'avais conçu alors! J'ai été mal inspiré en remettant la chose. Maintenant il est trop tard.

THERESE. — Que veux-tu dire? De quel projei. parles-tu ?

BEETHOVEN. — De quitter Vienne et l'Autriche...

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