THERESE. FRANZ. BEETHOVEN
THERESE. — Ah, Franz! — Bonjour, monsieiu Beethoven!
FRANZ. -Thérèse!
BEETHOVEN. — Bonjour, mademoiselle.
FRANZ. — Que lis-tu là, ma chère sœur?
THERESE. — Guillaume Tell, de Schiller. — Oui, c'est honteux, n'est-ce pas? Voilà plus d'un an que ce chef-d'oeuvre a paru et je ne l'ai pas encore lu.
BEETHOVEN. — Moi je l'ai lu et relu, il y a plusieurs mois déjà.
THERESE. — Quel hymne à la liberté, à la patrie!
BEETHOVEN. — Un hymne divin!
THERESE. — Quel rare idéaliste, ce poète!
FRANZ. — Quel noble caractère!
THEFŒSE. — Et comme il est regrettable qu'il soit mort si jeune.
BEETHOVEN. — Beaucoup trop jeune.
FRANZ. — Quand il aurait pu produire encore tant d'oeuvres sublimes.
BEETHOVEN. — J'admire Schiller à l'égal de Goethe et de Shakspeare.
THERESE. — Il est de la même race.
FRANZ. — Leur frère.
BEETHOVEN. — 11 est bien possible que je mette un jour en musique son Tell.
^^ BEETHOVEN OU l'HÉROïQUE
FRANZ, avec flamme, — Oh oui ! Fais cela!
THERESE, de même. — Oui, faites-le! Faites-le!
FRANZ. — Personne n'est plus apte à le faire que toi. ''
THERESE. — Personne n'est maître des sons comme vous.
FRANZ. — Et tu aimes ta patrie et la liberté aussi ardemment que le poète de Weimar.
THERESE. — Vous l'avez montré dans votre Héroïque.
BEETHO KE/V. Sans la liberté je ne saurais vivre. (Un silence.)
FRANZ. — Je m'attarde avec vous. Je dois aller voir comment mes ouvriers travaillent. A tantôt! Dans une heure. Mais alors tu te seras retiré dans ta chambre pour composer?
BEETHOVEN. - J'en ai l'intention.
FRANZ. — Alors à ce soir, au salon!
BEETHOVEN. — Oui.
FRANZ. — Tu nous joueras encore une de ces mélodies inoubliables comme le chant de Bach que nous avons entendu hier, ou le développement de ton Héroïque —
THERESE. — Ou la fin si mystique de cette symphonie. Oh oui! Réunissons-nous encore au salon, autour du piano.
BEETHOVEN, la regardant. — Je veux bien, si vous y trouvez du plaisir.