ACTE Ml 5i
BEETHOVEN. — Vous dites! Ah, mais non! Ça, encore moins! D'abord pour être anobli j'ai assez de titres sans devoir me produire devant ces étrangers. — Vous avez raconté au général que dans moiv Héroïque je glorifiais Napoléon?
LICHNOWSKY. — Non. mais...
BEETHOVEN. — Vous ne pouvez dire cela à personne et surtout pas aux Français. Je ne le veux pas.
LICHNOWSKY . — Je vous répète que je ne leur ai rien dit. C'est vous qui le direz. (Beethoven le regardant, jâché.) C'est pourtant vrai, n'est-ce pas? Vous avez composé cette symphonie pour célébrer Napoléon.
BEETHOVEN. — Pas du tout! Pas du tout!
L/CH.YO H/.S/Cy. — Comment' Mais j'ai vu sur votre table, dans votre chambre à Vienne, le manuscrit portant en première page le titre : Bonaparte. (Beethoven va prendre dans la bibliothèque un cahier et revient.)
BEETHOVEN. — Tenez! Voici un exemplaire de cette oeu\Te. Où est-il marqué là que je glorifie Napoléon! Il y est écrit : Symphonie héroïque pour célébrer le souvenir d'un grand homme. Quand j'ai écrit ces mots, le Corse n'était plus pour moi un grand homme, pas plus qu'il n'en est un maintenant. (Criant presque.) C'est un bourreau'
LICHNOWSKY. - Un bourreau?
BEETHOVEN. — Oui, et tous ces hommes chamarrés qui le servent et le suivent sont des aides de bourreau.
52 BEETHOVEN OU l'HÉROïQUE
UCHNOWSKY. — Ne criez pas. Us pourraient
l'entendre — " . , ..
BEETHOVEN. - Et après! - Moi chanter cet homme! Quel malheur que je ne me connaisse pas à la guerre comme à la musique! Je le battrais. Je vengerais léna et Austerlitz. Mais mon empire n est pas'ae ce monde. Mon empire plane bien au-dessus de cette pauvre terre. •
J ÎCIJNOWSKY. — C'est très vrai, cela, Louis. -- Mais le titre de votre Héroïque, vous l'avez changé. Le premier manuscrit portait...
BEETHOVEN, vivement. — Ce n'est pas celui-là qui compte, c'est le titre de l'œuvre défimtive et publiée, je vais vous dire pourquoi ma symphonie s'est d'abord Intitulée Bonaparte et pourquoi mamtenant ie ne veux plus qu'on la croie dediee a cet homme. Dès mon adolescence je ine suis passionne pour l'idéal révolutionnaire, pour les grandes idées de liberté, d'égalité, de fraternité entre les hommes entre les peuples. Et voilà Bonaparte qui apparai sur la scène du monde. U semble le génie incarnant mes idéals, le demi-dieu venu sur la terre pour créer la république héroïque, le nouveau Messie acclame par les nations en délire. Et voulant chanter sa gloire j'ai écrit mon Héroïque et je lui ai donne le nom de Bonaparte. ^
UCHNOWSKY . — Vous étiez bien inspire.
BEETHOVEN. — Permettez. Tout à coup le consul se proclame empereur. Quarid j'ai appris cela j'ai vu tout de suite qu'il était un homme ordmaire.