‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 26 sur 105 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

ambitieux comme les autres, qu'il foulerait aux pieds tous les droits de l'Humanité et deviendrait un despote. Et j'ai arraché la dédicace et j'ai donné à ma symphonie un autre titre. Je ne glorifie pas les tyrans, moi.

IJCHNOWSKY. — Napoléon, un tyran! Lui, le bienfaiteur de son pays où il a ramené l'ordre et qu'il...

BEETHOVEN. — Qu'il ruinera par ses guerres!

LICHNOWSKY. — Il ne fait pas la guerre volontairement.

BEETHOVEN. — Il ne rêve que cela, ne vit que pour cela.

LÏCHNOWSKY. — Vous vous trompez. 11 est o'biigé de la faire, poussé par les peuples de l'Europe coalisés contre la France —

BEETHOl'EN. — Non, poussé par sa soif de conquêtes et de domination.

LICHNOWSKY. — Mais. Louis, par deux fois il a voulu réconcilier son pays avec les puissances voisines. Il y a quelques années, quand il était consul, il écrivit lui-même au roi d'Angleterre et à l'empereur d'Allemagne pour leur offrir la paix. Ils ne lui ont même pas répondu.

BEETHOVEN. — Il devait insister —

LICHNOWSKY. — Il l'a fait. Après l'établissement de l'Empire il fit de nouvelles offres à l'Angleterre. Nouveaux refus.

BEETHOVEN. — 11 ne devait pas se couronner empereur et effrayer les peuples plus encore que les Terroristes ne l'avaient fait.

54 BEETHOVEN OU l' HÉROÏQUE

LICHNQWSKY. — Mais c'est la nation qui 1 a nommé empereur.

BEETHOVEN — H a été nommé grâce à ses machinations. H a torau le cou à la République libre et humanitaire. Il morcelle et annexe les pays vaincus et, non content d'être César, se proclame roi d'Italie. Qui sait où sa foUe des grandeurs s arrêtera? Par toutes sortes d'artifices il flatte la vanité des Français pour les entraîner dans ses aventures, et il ne voit pas qu'en même temps il opprime les autres peuples, qu'il excite chez eux la haine, la soit de vengeance, qu'il met le feu à toute 1 Europe. Om, il est devenu l'ennemi mortel du continent et particulièrement de ma patrie qu'il voudrait asservir. Mais moi j'aime mon pays, je veux y vivre, libre comme l-air que j'y respire, je hais farouchement toute tyrannie. Je reste fidèle à mon idéal : la révolution libératrice. (Un temps.)

LICHNOWSKY regarde Beethoven.

BEETHOVEN. — Je ne peux pourtant pas, pour vous^ être a-réable, renier les principes qui me sont les plus chers, les plus sacrés. Tandis que vous vous ne trahirez aucune conviction en aidant deux amis a sortir de leur situation difficile.

LICHNOWSKY . — Oh, si nous nous raidissons à ce point, si nous n'écoutons que nos principes et nos sentiments, nous n'obtiendrons rien dans ce monde qui est fait de concessions et de transactions.

BEETHOVEN. — Dans ce monde toutes les grandes choses ont été faites pour une idée.

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