‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 4 sur 105 · BEETHOVEN, THERESE · texte numérisé non relu

BEETHOVEN, THERESE

BEETHOVEN . — Il plaît beaucoup à votre frère, semble-t-il, ce chant de Bach : Si tu veux me donner ton coeur —

THERESE qui continue le chant. — u Que ce soit d'abord en secret — »

BEETHOV^EN . — « Et notre pensée commune — » THERESE. — (( Que nul ne la puisse deviner. >> {Un assez grand silence Beethoven la regarde d'un regard profond. Elle baisse un moment les yeux, fuis :) C'est qu'il est beau, cet air, et vous l'avez joué comme vous seul savez jouer, avec une solennité pénétrante, une lenteur mystérieuse. (Un nouveau silence.)

BEETHOVEN — Thérèse! (Elle lève les yeux vers lui.) Nous nous voyons depuis plusieurs années, depuis que, petite fille, vous avez pris avec moi de:^ leçons de piano aux premiers temps de mon séjour à Vienne.

THERESE. — Oui, je me rappelle très bien! Il y a dix ans de cela. La première fois que je vous ai vu, c'était un jeudi, en mai. les lilas au jardin fleuris

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saient, mon frère Franz est venu me chercher et m'a conduite en votre présence. Vous étiez maigre, droit, raidi dans votre haute cravate. Vous sembliez maussade et— et orgueilleux, et j'avais un peu peur de vous.

BEETHOVEN. — Mais je n'étais pas aussi méchant que j'en avais l'air.

THERESE. — Oh non! Quand je me suis rapprochée de vous, vous m'avez souri et votre sourire était... était céleste.

BEETHOVEN. — Oh! Comme vous exagérez...? THERESE. — Si! Si! Il révélait la bonté profonde et radieuse qui se cachait sous votre apparente raideur et qui, envers moi, ne s'est jamais démentie. BEETHOVEN. — Je suis bon avec les bons. — Mais je voulais vous dire : Depuis, nous nous sommes bien souvent rencontrés —

THERESE. — Oh oui, surtout chez mes parents. à Vienne, et chez mes cousins, le prince et la princesse Lichnowsky.

BEETHOVEN. — Oui, mais avant d'être voire hôte ici à Martonvazar, je ne vous connaissais pas, Thérèse. Vous étiez, une fillette d'abord, une jeune fille ensuite, comme bien d'autres à qui j'ai donné des leçons. Ces jours-ci seulement, dans votre propriété où j'ai pu vous rencontrer tous les jours et à ioute heure, ici où je vous retrouve dans plus d'intirnité, je vous ai vue enfin telle que vous êtes. Jusqu'à présent, je ressemblais à cet enfant des contes de fée qui ramasse les cailloux et n'aperçoit pas la fleur

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