‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 39 sur 105 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

THERESE. — Mais. Louis, on t'a montré qu'il n'est pas ambitieux —

BEETHOVEN. - Pas ambitieux!

THERESE. — Que. s'il est devenu empereur, c est parce que...

BEETHOVEN. — Parce qu'il a voulu l'être. Thérèse. Parce qu'il est dévoré d'ambition. Les soidisant représentants de la France qui lui ont offert la couronne prétendument au nom de la nation, ce sont ses créatures, ses aveugles adulateurs. Et si le peuple les a approuvés, c'est parce qu'il était fatigué des excès de la révolution. Non. ce n'est pas par les autres, ni uniquement pour son mérite, ni malgré lui que Bonaparte a été porté sur le pavois. 11 s'y est hissé lui-même. Cet orgueilleux, cet égoïste sans F-areil a profité du désordre de la France pour s'élever en quelques élans jusqu'à la hauteur suprême D'ailleurs les paroles qu'il a dites à ses familiers, montrent bien son ambition effrénée.

THERESE. — Qu'est-ce qu'il a dit?

BEETHOVEN. - J'ai fait, a-t-il déclaré, la plus grande fortune que puisse mentionner l'histoire. Eh bien, pour laisser le trône à mes enfants, il faut que j'aie été le maître de toutes les capitales de l'Europe.

THERESE. — Des calomnies'

BEETHOVEN. - S'il ne l'a pas dit. ses actes prouvent que c'est là son rêve

THERESE. - Quels actes?"

BEETHOVEN - Ceux de sa politique extérieure qui, constamment, provoque de nouvelles guerres.

Alors qu'il devrait se contenter de défendre les légitimes revendications de son pays, d'en protéger l'indépendance et les frontières, il étend son protectorat sur l'Italie, la Suisse, la Hollande, la Confédération du Rhin, et menace l'Angleterre d'un débarquement. C'est tout cela et d'autres actes aussi agressifs qui ont poussé l'Europe à faire contre lui une troisième et une quatrième coalition. Ce n'est pas elle qui veut la guerre, elle se défend contre un homme qui ne rêve que batailles parce que c'est son amusement à lui, sa passion, parce qu'il est assoiffé de gloire et de conquêtes et qu'il croit avoir besoin de victoires toujours nouvelles pour consolider son trône.

THERESE. — Mais, Louis, tu oublies que Napoléon est le bienfaiteur de son pays qu'il protège et à la prospérité duquel il travaille inlassablement.

BEETHOVEN. — Un souverain, Thérèse, a beau être l'homme le plus travailleur du monde. Il a beau encourager sciences, commerce, industrie, il n est pas le bienfaiteur de ses sujets, si son premier souci n'est pas de vivre en paix avec les nations voisines, si les ports de mer se vident, s'il dépeuple les champs et les ateliers en ne cessant d'envoyer des milliers d'hommes à la tuerie. Et à quoi sert-il de maintenir l'égalité civile, si l'on confisque les libertés publiques! Car depuis que Bonaparte est empereur, son gouvernement devient de plus en plus autoritaire. 11 arrive ce que j'avais prévu. Cet homme, parce qu'il a des qualités éminentes et une fortune prestigieuse, se croit infaillible et seul

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