ACTE V
viennent saluer le prince et la princesse Lichnowslzy.)
LE COMTE. — Nous sommes tout confus d'être en retard, mon cher ami. Quand on n'a pas de chance, il vous tombe des imprévus et des obstacles —
LA COMTESSE. — Oui, figurez-vous, madame! Ma couturière — (Elles vont auprès du groupe du gênerai, au fond, où leurs Voix se perdent.)
LE COMTE ALTENBERG, à Lichnowsky. — Pour rien au monde ma femme et moi nous n'aurions voulu manquer cette fête. Et c'est à cause de nous que le concert n'a pas encore commencé? Oh, que nous sommes ennuyé?'
L!CH\'OWSKY, pendant que le comte et lui rejoignent le groupe du général. — Non, ce n'est pas à cause de vous, comte —
KINSKY , dans un groupe d'invités, à gauche, a entendu la conversation des deux précédents. Aux autres. — C'est parce que M. Beethoven n'est pas encore arrivé.
WEDEI^L. — Les grands artistes se font attendre.
UN MONSIEUR GRINCHEUX. — Oui. mais l'exactitude est la politesse des rois, à plus forte raison des artistes. — (Un silence.)
WEDELL. — Le public s'impatiente.
KINSKY . — Les présentations sont finies.
WEDELL. — L'orchestre est prêt.
KINSKY . — Tout le monde est présent et à sa place, excepté —
92 BEETHOVEN OU l' HÉROÏQUE
LE MONSIEUR GRINCHEUX. — Celui pour qui on s'est dérangé.
KINSKY. — Le prince est derrière vous, messieurs. Je l'observe. Souvent, à la dérobée, il tourne la tête vers la porte. — Ne regardez pas. — Faites semblant de rien.
WEDEI.L. — Et le temps passe. Qu'est-ce que cela signifie?
LE GRINCHEUX, très impatient. — S'il ne vient pas bientôt —
WEDELL. — Nous attendrons encore. (On rit.)
UN JEUNE INVITE. — Il n'ose peut-être pas venir. Il a le trac. (Dans un autre groupe, à droite.)
CARLOWITZ. — Oui, ils sont bizarres, ces
artistes — -
LA COMTESSE KINSKY. — Vous ne les ferez pas jouer quand ils n'en ont pas envie.
LA BARONNE WEDELL. — Ils vous ont des caprices. Gluck ne composait-il pas dans une prairie où il se faisait apporter son piano et une bouteille de Champagne.
CARLOWITZ. — Et quand ils composent ils oublient tout. Vous coimaissez l'anecdote qu'on raconte sur Beethoven? — Un jour, à Vienne, il entre dans un restaurant, s'assied à une table, tire de sa poche un rouleau de papier et un encrier et se rriet à écrire fiévreusement, tout en battant du pied h mesure. Comme il ne commande toujours rien, un garçon finit par lui demander ce qu'il prend. Beethoven lui répond de le laisser en paûx. Un monsieur