ACTE V
assis à une table voisine Va reconnu. Il appelle le gfarçon et lui dit de ne pas déranger Beethoven, le célèbre compositeur. — Le dîner et le bruit qu'il occasionne durent deux heures, les clients s'en vont — et Beethoven écrit toujours. Enfin il remet le rouleau en poche et derr^ande au garçon ce qu'il doit. « Rien, i> dit l'autre. " vous n'avez rien mangé. » « Pourtant je n'ai plus faim », répond Beethoven. Et il salue et sort. (Un silence.)
(Les musiciens ont fini d' accorder leurs instruments et attendent. Personne ne parle haut. On commence à s'ennuyer. Pendant quelques instants un morne silence règne dans la salle.)
THERESE qui est avec la princesse, la regarde significaticement.
LA PRINCESSE. — Oui. on devait commencer à cinq heures, et il est six heures moins le quart. (Elle fait signe à un domestique qui approche.) Jean! Allez trouver M. Beethoven qui doit être dans sa chambre. Dites-lui que tous nos invités sont là. que le prince et moi nous n'attendons plus que lui pour commencer la fête. — Ajoutez aussi que tout le monde est impatient de l'acclamer. — Et rapportezmoi vite sa réponse.
JEAN. — Oui, madame. (Il sort.)
KINSKY, le monsieur observateur. — Des messieurs tirent discrètement leur montre. D'autres mettent la main devant la bouche pour ne pas laisser voir qu'ils baillent. Mais la princesse s'en est aperçue. Elle vient d'envoyer un domestique —
94 BEETHOVEN OU l' HÉROÏQUE
WEDELL. — Chercher après le retardataire —
LE MONSIEUR GRINCHEUX. — Qui est d'un sans gêne —
WEDELL. — Il est dans le pays des rêves. Laissez-lui le temps d'en revenir.
LA COMTESSE ALTENBERG. — Oui, il est vaste, ce pays. On peut y aller loin — et même s'y perdre.
LA PRINCESSE LICHNOWSKY a rejoint le groupe du général et de son mari. — M. Beethoven va venir. Mais comme je suis ennuyée, général, de vous avoir fait attendre.
LE GENERAL. — Oh, madame! Les militaires sont habitués à ces choses. Aux jours de bataille nous attendons parfois, l'arme au pied, pendant de longues heures.
LA PRINCESSE. — Oui, mais là c'est le devoir qui commande et vous vous soumettez stoïquement. Ici il ne s'agit plus de devoir —
LICHNOWSKY. — Ni de stoïcisme —
LA PRINCESSE. — Mais de plaisir, et quand on doit attendre trop longtemps, il n'y a plus de plaisir, au contraire
LE GENERAL. — Mais, après l'attente, le plaisir est d'autant plus giand. D'ailleurs vous dites vousmême que M. Beethoven va venir — (Vivement.) Tenez, voilà !e domestique qui rentre déjà. (Un silence. Toute la salle a Vu réapparaître le laquais. Tout le monde se tait. Tous les yeux sont tournés vers lui. La princesse et Thérèse sont allées au-devant du domestique.)