‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 67 sur 105 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

GEORGES, (seul, un moment, puis) MADAME LESERRE.

GEORGES s'assied et prend le livre mais le remet aussitôt. — Rien ne presse. Achevons d'abord cette scène. (Il feuillette ses papiers. Soudain il grelotte, se lève, serre et boutonne son Veston.) Presque pas de feu! Presque pas de charbon! El il faut travailler ici! — Et c'est tous les jours la même chose. (Il soigne le feu, puis se rassied, prend la plume et écrit. Brusquement il la jette.) Quelle plume! Et pas un sou pour en acheter d'autres! ^11 se lève.) Ah, ah, ah, Bruxelles! — D'abord sortir de cette misère! Un emploi, le plus vite possible, n'importe où! (Il pousse un profond soupir. Entre madame LESERRE, un veston sur le bras.)

Af™' LESERRE. — Regarde, Georges. Ton veston €st propre maintenant. 11 n'y a plus de taches. (Elle le lui montre.)

GEORGES. — C'est vrai. Mais comme il y en avait beaucoup, lu t'es encore fatiguée. Tu sais bien pourtant que tu ne dois pas faire d'efforts.

M""" LESERRE. — Mais je n'ai pas fait d'efforts du tout. Quand je sentais la moindre fatigue je m'arrêtais. (Un temps.) Voilà plus d'une semaine <îue tu mets toujours tes habits de dimanche pour sortir. Qu'est-ce que cela signifie? Tu deviens si coquet tout d'un coup. Pourtant... (Elle va pendre le veston au portemanteau.)

GEORGES l'interrompt. — Je vais te dire, maman. Mais tu ne le répéteras pas à Louis! J'aime et je...

M^" LESERRE l'interrompt. — Des bêtises!

GEORGES. — Pardon, c'est très sérieux. J'aime irademoiselle Renaud — (Comme sa mère le regarde, très étonnée.) — Oui, mademoiselle Renaud qui d'ailleurs répond à mes sentiments.

M""' LESERRE. — Est-ce vrai?

GEORGES. — Parfaitement. Et je voudrais — je voudrais l'épouser le plus tôt possible.

Af»" LESERRE. — Le plus tôt possible! (Très grave ) Georges, Georges! Ne fais pas de folies pour une femme!

GEORGES. — Il n'y a pas de danger.

M""* LESERRE. — Tu sais bien pourtant ..

GEORGES. — Oui, maman, je sais. Je ne suffis pas à mes propres besoins, encore moins à ceux de ma mère, et je songe à me marier. Aussi, dès maintenant, je mettrai tout en oeuvre pour qu'ici d'abord il y ait un changement.

M""" LESERRE. — Je le demande à Dieu, nuit et jour, pour vous, mes enfantis, car moi je ne le verrai pas.

GEORGES, avec un sentiment sincère et profond. — Mais, maman! Quels contes! Voilà plus de vingt ans que tu te prives et t'échines, que tu peines et que tu souffres, et je ne pourrais pas rendre tes vieux jours tranquilles et heureux!

M""* LESERRE. — Si seulement tu n'étais pas si entêté —

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