ACTE I
GEORGES, qui s'est mis à marcher neroeustnient. — Non, mais cette manie de voir tout en noir — !
M"' LESERRE. — Georges I tu sais très bien pourtant que nous devons plus de deux cents francs au boulanger, que tout récemment il nous l'a rappelé peur la deuxième fois. — Et maintenant i'épicière, et bientôt le cordonnier, le tailleur et le propriétaire. (Pleurant presque.) Oh, j'ai peur! J'ai peur! On viendra saisir tout et nous jeter impitoyablement dehors.
GEORGES qui a marché de plus en plus nerveusement, tout d'un coup s'ar de et crie brusquement à madame Leserre.) Vas-tu finii enfin' Tous les jours les mêmes jérémiades insupportables! Puis-je de ce pas courir à Bruxelles, arracher au ministre ma nomination!
M"' LESERRE, un peu intimidée. — Si tu demandais encore une audience, peut-être que...
GEORGES. — Ce serait la troisième. Et le résultat! « Qu'il faut attendre. Qu'il y a d'autres requêtes que la mienne. »
M""" LESERRE. — Et si tu exposais à ce» messjeiors notre triste...
GEORGES l'interrompt. — J'en serais pour mes peines. On ne vous écoute seulement pas. Avec quelques phrases polies, quelques vagues promesses, de l'eau bénite de cour, on interrompt le flot de votre épanchement — et vous pouvez vous retirer. — Non, je ne peux pas attendre indéfiniment que le gouverne-
ment me nomme. Nous devons à tout prix sortir de cette misère, et nous en sortirons bientôt, je te le certifie. Dès aujourd'hui je ferai pour cela tout le nécessaire. Et tiens! Puisqu'il le faut absolument, (avec un profond soupir) je sacrifierai mes idées philosophiques et mes projets littéraires, j'accepterai un emploi comme celui de Roulier, le premier qui se présentera, n'importe où. Mais, pour l'amour de EMeu, épargnemoi donc enfin ces lamentations continuelles, ces pleurnicheries agaçantes et insupportables!
M"* LESERRE, en sanglotant. — Hélas! Je le vois bien. C'est moi qui gêne ici! — C'est moi! (Un silence. Elle sanglote et pleure.)
GEORGES, tout d'un coup, se calme. Doucement. — Pardon, maman! (Il l'embrasse.) Cette misère est la cause de ma méchanceté. (Plus haut.) La misère! Ah, la misère! Il ne lui suffit pas de vous miner, de vous ronger jusqu'à la moelle des os. Elle souille les sentiments les plus purs, elle jette le brandon de la dispute dans la famille, elle lance le frère contre le frère, le fils contre sa propre mère.
Af""* LESERRE. — Puisque tu en parles toi-même, Georges, je t'en prie, ne réponds pas à Louis, même si parfois il devient impatient et —
GEORGES. — Et impertinent.
Af™^ LESERRE. — Tu es l'aîné, le plus raisonnable. Vos querelles me font encore souffrir davantage.
GEORGES. — J'éviterai toute dispute autant que je pourrai. Mais de ton côté tu ne te lamenteras plus,