ACTE I
affecrion sans laquelle le mariage ne saurait don:.er le bonheur?
BEETHOVEN. — J'ainae Thérèse de cet amourlà
THERESE. — J'aime Louis. Je ne pyense qu'à me dévouer à lui.
FRANZ. — Moi je ne demande qu'à voir heureux une sceur et un ami qui tous deux me sont chers. EU volontiers je souscris à vos fiançailles. De tous mes voeux j'appelle le bonheur sur vous.
THERESE, cmue et avec effusion. — Merci, Franz, merci! (Elle V embrasse. Beethoven serre avec force la main de son ami.)
FR.ANZ. — Malheureusement — ah, combien je regrette de devoir vous le rappeler! — cela ne vous avancera guère. Il faut que vous en parliez aussi à maman. C'est elle, et non pas moi, qui remplace père. C'est elle le chef de la famille, elle qui doit donner son approbation.
THERESE. — C'est vrai. (Elle devient tout à coup sérieuse.) Nous l'avions oublié.
FRANZ. — Et pour ne rien vous cacher, je la connais, et je ne suis pas certain du tout que vous obtiendrez son consentement aussi facilement que j'ai donné le mien.
THERESE. — Oh! (Un temps.) BEETHOVEN. — Hélas, ce n'est que trop vrai, mon amie. Nous ne pensons qu'à notre amour. Nous vivons dans un pays de rêves et nous perdons complètement de vue la réalité. Nous oublions que je ne
24 BEETHOVEN OU l'hÉROïQUE
puis demander ta main à ta mère. Pas encore du moins.
THERESE. — Et pourquoi? Ne pourrait-elle pas être fiera, elle et ma famille, de me voir épouser un raie génie, un grand artiste dont le nom vivra toujours!
BEETHOVEN. — Il est certain que mon nom déjà connu deviendra de plus en plus célèbre, et qu'il sera immortel. Mais cela, c'est l'avenir, TTiérèse. En attendant, je ne suis qu'un pauvre artiste, et c'est celui-là que ta mère voit, qu'elle est en droit de voir. Non, mon amie, ma situation, loin d'être belle, n'est pas même assez assurée, assez indépendante. Ne suis-je pas obligé d'accepter du prince Lichnowsky une pension annuelle de quelques centaines de florins !
THERESE. — Cette pension, tu la gagnes bien par les concerts et lès auditiorws que tu donnes régulièrement chez lui.
BEETHOVEN. — De deux choses l'une, Thérèse. Tu es riche, tu auras une dot importante. En t'épousant j'aurais l'air de n'avoir recherché que ta fortune. Et je ne veux pas qu'on aie de moi cette opinion. Je suis trop fier pour cela. La belle situation que j'espère obtenir, je veux ne la devoir qu'à moimême. — Mais il se peut aussi que ta mère, mécontente, ne te donne pas de dot.
THERESE. — Et après. Ce n'est pas la richesse qui fait le bonheur, c'est l'amour.