ACTE II
GEORGES. — Je ne serais pas plus aveuicé si je m'arrachais les cheveux.
LOUIS. — Pourquoi n'as-tu pas demandé un congé?
GEORGES. — J'ai donné ma démission d'abord peirce que...
LOUIS l'interrompt. — Quelque bonnes raisons que tu puisses avoir, dans la situation oij nous sommes, on n'agit pas ainsi à la légère, avec une témérité confinant à la folie.
GEORGES. — Doucement, jeune homme! Doucement! Aurais-tu accepté ou gardé n'importe quelle situation, même la plus mauvaise? Non, n'est-ce pas? Eh bien, pour moi BasseviUe était, à tous les points de vue, la plus mauvaise place que je pouvais trouver, j'y aurais végété toute mia vie. Et tu n'as pas le droit d'exiger de ton frère un pareil sacrifice. Je suis encore libre de choisir la vie qui me convient. D'ailleurs, si j'avais réussi à me faire nommer à Bruxelles, tu n'aurais pas manqué de me donner raison. E^ si...
LOUIS l'interrompt. — Si! — Que vas- tu faire maintenant? Voilà ce que je voudrais savoir. Car chez nous tu ne resteras pas.
GEORGES. — Comment, je ne resterai pas! Je voudrais bien voir cela! D'autant plus que je paye.
LOUIS. — Que tu payes! Tu n'as rien.
GEORGES. — Je viens de donner quatre-vingts francs à maman. Pour quatre-vingts francs je trouveraie partout pension et logement pendant un mois et demi.
LOUIS. — Et les dettes que nous avons contractées aux grandes vacances lorsque durant des semaines tu n'as pas gagné un sou! Comment les payeras-tu? GEORGES, un peu fâché. — Est-ce ma faute si je ne gagnais rien! N'ai- je pas couru tous les jours du matin au soir! Et toi donc, qu'as-tu gagné tout ce temps-là depuis la mort de père jusqu'au moment où tu as rapf>orté tes vingt-cinq premiers francs! De quoi avonsnous vécu alors! De mon argent, me semble-t-il! Et ne viens pas m 'objecter que je ne faisais que mon devoir. A l'égard de maman, oui! A toi, je ne te devais rien. Mes études t'ont-elles fait du tort, par hasard ! C'est avec des bourses que j'ai étudié. Cela n'a rien coûté aux parents. J'ai même partagé mes bourses avec vous, comme je vous ai dorme le produit de mes leçons particulières. Je l'ai fait pendant des mois et des mois et suis prêt à le faire encore. Et maintenant pour me remercier, on voudrait me mettre à la porte! Ah mais...!
LOUIS. — Finie, la tirade? Tu me demandes des remercîments! Pourquoi? Parce qu'avec tes leçon» particulières nous sommes presque morts de faim!
GEORGES. — Ah!
LOUIS. — Et cette fois ça ne manquerait pas de nous arriver. Les dettes nous engloutiraient certainement. — Si tu gagnais au moins ta subsistance! Mais tu es sans place! Et tu veux absolument rester! Dans ces conditions, je m'en irai, moi. Tu as le choix.
GEORGES, s irritant. -- Ah. tu veux— 1 (Il se domine.) Non, Louis, tu ne feras pas cela. Je me mets immédiatement à la recherche d'vme autre position—