‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 92 sur 105 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LOUIS. — Ce qui peut durer des semaines, dc« mois. Et entretemps, je t'aurais à ma charge ici!

GEORGES. — Tout de même, tu es d'un san»gêne! — Ecoute bien ceci, Louis. Si la chaire de Bruxelles m'a échappé, c'est à toi la faute, à personne d'autre qu'à toi.

LOUIS. — Ah. c'est trop fort! Tu deviens fou?

GEORGES. — Laisse-moi achever. Si tu ne m'avais pas ennuyé, pressé, harcelé sans paix ni trêve, j'aurais pu rester ici ou trouver une situation dans la capitale, je ne devais pas accepter le premier emploi venu et aller m'enterrer dans ce misérable trou de province où j'étais si loin de Bruxelles que je suis arrivé un jour trop tard lorsqu'on m'a appelé pour cette place. Lié là-bas, beaucoup trop éloigné de tous les emplois vacants, toujoiirs certain d'être devancé par mes compétiteurs, je ne p>ouvais pa» réussir. Il falleut...

LOUIS, plus haut. — il fallait...? Non, mais ça dépasse les bornes! (H cris.) 11 fallait te laisser faire le fainéant ici?

GEORGES. — Le fainéant! Pèse tes paroles, Louis, et ne crie pas, surtout. Maman est au lit, fatiguée et malade —

LOUIS, dans son emportement. — Oh, oh! Mais ça va de mieux en mieux! (Eclatant.) Elle se portait bien, maman! Elle avait pris froid. Mais je l'avais soignée et elle s'était rétablie. La bonne nouvelle que tu lui as apportée, lui a fait avoir une rechute, évidemment. (Se fâchant de plus en plus et à la fir.

4out à fait hors de lui.) Mais mange donc toi-même la soupe que tu as si bien préparée. Seul tu as conduit la barque dans le remous, seul sauve-la maintenant, ^oi je n'ai pas envie de me dépouiller pour que tu puisses continuer à faire impunément des bêtises. Je ne veux pas mourir de faim pour qu'un rêveur, un risque- tout, un propre à rien comme toi se remplisse le ventre!

GEORGES — Ahî (Il s^avance vers Louis, les bras fendus, .les poings fermés et tremblants.) — Louis! Ne me pousses pas à bout! Ne... |

LOUIS reste devant Gnoiges, dans une attitude menaçante, le regarde dans le blanc des yeux et lui crie.) J'en ai assez! assez! te dis-je. Je prends tout ce qui m'appartient ici et je m'en vais. (Il tire violemment à lui son pardessus et son chapeau.) ...GEORGES, le poursuivant et lui montrant la porte. — Oui, va-t-en! Aussi bien je ne pourrais plus me dominer, m'empêcher de...

LOUIS lui jette un regard haineux et sort à gauche. On entend une porte qui se ferme avec fracas. Un temps.)

M™* LESERRE, toute pâle, vient par la porte de droite, pan coupé.)

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